Prenons l’exemple du Coast Starlight, de Los Angeles à Seattle. Océan pacifique, soleil californien, montagnes et vignobles. En quatre jours, vous parcourez 4500 km en train.
Longeant toute la côte ouest des États-Unis, le Starlight fait halte dans quelques-unes des grandes villes américaines, Seattle, Portland et Los Angeles. Il ne lui faut pas moins de 35 heures pour traverser l’État de Washington, l’Oregon et la Californie. Toutes sortes de commodités font agréablement passer le temps à bord, dont un wagon-restaurant et une salle de loisirs. Pourtant, ce sont les fenêtres qui offrent le spectacle le plus enthousiasmant, laissant défiler montagnes imposantes et océan à perte de vue.
L'histoire des chemins de fer américains est indissociable de l'épopée du Far West et de la quête de l'Eldorado (autrement dit la Soif de l'or).
Au printemps 1862, la loi sur le Pacific Railroad est adoptée par le Congrès. Le président Abraham Lincoln la promulgue le 1er juillet. Elle attribue la construction du chemin de fer à deux compagnies ferroviaires : la Central Pacific pour le tronçon occidental depuis Sacramento et l'Union Pacific pour le tronçon oriental depuis Omaha.
Cette épopée est racontée dans Pacific Express, film américain de Cecil B. DeMille (1939) avec Barbara Stanwyck et Joël Mac Crea , western spectaculaire au casting parfait.
Dans les premiers temps, les travailleurs embauchés sur le chantier ne rêvent que de chercher de l'or et de faire fortune. La construction du chemin de fer n'est pour eux qu'un moyen d'accumuler un pécule afin d'acheter du matériel pour prospecter. Une fois cet objectif atteint, ils quittent le chantier, si bien que l'entreprise est au bord de la faillite et les 60 premiers kilomètres sont loin d'être atteints. Les registres de l'année 1864 comptabilisent 600 ouvriers sur le chantier, alors qu'il en faudrait 5000.
Le printemps 1864 voit l'arrivée à San Francisco de milliers de Chinois qui fuient la famine. Ces coolies se révèlent être une excellente main-d’œuvre plus efficace et meilleure marché que les Européens ou les Américains. Ils recevaient un salaire inférieur à 35 dollars par mois et devaient construire leur propre abri.
Il était convenu que les équipes devaient se rejoindre en un point, défini au préalable par le gouvernement. Par ailleurs, ce dernier versait aux compagnies de substantielles indemnités (entre 16 000 et 48 000 dollars par mile de voies posées, selon la nature du terrain). Les compagnies s'approprièrent les gares et les terrains aux alentours des voies.
Le 10 mai 1869, la jonction eut lieu à Promontory Point, aujourd'hui parc national historique situé en plein désert de l'Utah, l’Amérique ajoutait une icône supplémentaire à sa grande saga de la Conquête de l’Ouest : le train !
Les 3 000 km de voies ferrées permettent de relier le réseau ferré de l'est du pays à la côte Pacifique. Elles révolutionnent la situation économique et démographique de la puissance américaine.
Il fallut six années de travaux pour construire le premier transcontinental de l'Histoire. Cet exploit technique nécessita les sacrifices de près de 2 000 hommes sur les 20 000 employés. Alors qu'il fallait six mois pour rejoindre les deux bouts des États-Unis en chariot, le chemin de fer permettait de le faire en une semaine grâce au train. Dans la deuxième moitié du XIXe siècle, la population américaine installée dans les États de l'Ouest passe de 150 000 à 4 millions. L'achèvement du transcontinental accéléra le peuplement de l'ouest par les colons et contribua au déclin de la population indienne. Le décollage économique de la Californie fut favorisé par l'immigration, la découverte de l'or et le transcontinental. |