Origine astronomique des expressions populaires

Bien que peu utilisée, vous connaissez sans doute l’expression « être ravi au septième ciel », mais savez vous exactement de quoi il en retourne ?

Les astronomes-astrologues, les scientifiques de l’époque, avaient organisé l’univers à leur convenance, ou plutôt du mieux qu’ils le pouvaient. Ils avaient placé la Terre au centre du monde, et le reste autour, avec une logique parfaitement simple dont il faut bien reconnaître que tout concourait à l’étayer, les textes religieux comme l’observation directe.

Pour le mouvement des astres et le logement des dieux, ils avaient inventé un système de sphères de cristal, absolument transparentes et concentriques, qui tournaient autour de la Terre harmonieusement, chacune portant sa planète dans une joyeuse et discrète musique sidérale.


Chaque sphère était un ciel. Il y avait donc sept ciels, superposés, un par planète, dans l’ordre exact de leur distances ; le ciel de la Lune d’abord, la plus près… le ciel de Mercure… de Vénus… puis celui du Soleil, « Le Soleil est de trois épicycles, c’est-à-dire ou estages, au-dessus de la Lune », expliquait A. Paré. Venaient ensuite le ciel de Mars, de Jupiter et de Saturne. Au-delà était une dernière sphère, plus solide, qui portait toutes les étoiles ensemble, et qu’on appelait le firmament ou bien encore empyrée. Derrière cet ultime écran se tenait Dieu, en majesté, coiffant l’ensemble depuis qu’il avait séparé par cette enveloppe, le premier jour de sa création, les eaux d’en bas d’avec les eaux d’en haut.

« Etre ravi au ciel » était littéralement être arraché au sol, soit par la main divine comme le fut saint Paul, soit dans un immense transport de joie. On pouvait monter plus ou moins haut naturellement, selon l’intensité du plaisir. On a beaucoup parlé, d’abord d’être « ravi au troisième ciel », parce que c’était celui de Vénus, déesse de l’Amour.

« Il est ravy trop plus hault qu’aux tiers cieulx
Et prend pour soy toujours la chose aux mieulx »

dit Alain Chartier au XVe siècle. Depuis il y a eu de l’escalade et la jouissance extrême vous transporte carrément au septième ciel !

C’était bien confortable, cette Terre logée au chaud, tranquille, protégée au milieu de ses globes rassurants, comme une matrice, avec Dieu tout autour, noyant le tout dans sa grande pisse, les « eaux d’en haut »… On peut juger si Copernic le chanoine et après lui Képler et Galilée firent une fâcheuse impression au XVIe siècle, avec leur théorie nouvelle ! On comprend que ces astronomes qui venaient mettre en morceaux ces jolies sphères de cristal millénaires aient été reçus comme des bœufs dans un magasin de porcelaine.

On n’en voulait pas du système d’orbites mathématiques, dans lequel la Terre n’était plus le centre de rien, tournant toute seule sur elle-même, comme une vieille folle courant après son soleil perdu dans les immensités galactiques. Ce fut de l’humanité le premier veuvage, ce firmament réduit en miettes, en étoiles froides du diable vauvert. Il faut comprendre les Anciens : il ne leur restait que la lune pour pleurer… Alors, ils gardèrent dans le langage les « cieux », tout de même au pluriel, et ce septième ciel des ravissements.

Bibliographie

La puce à l’oreille – Anthologie des expressions populaires avec leur origine – Claude Duneton –
Le Livre de Poche

SYLVIE TRIBUT ASTROLOGUE : www.sylvie-tribut-astrologue.fr

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