Dans la symbolique du Scorpion : le monstre

Il existe plusieurs étymologies possibles du mot « monstre ». L’une suggère que le mot viendrait d’un verbe latin « montrer », ce qui laisserait supposer que le mot désignait à l’origine un phénomène qu’on montrait dans les foires et les cirques. L’autre étymologie est la racine latine « monstrum », signifiant simplement « présage », sans connotation péjorative.


Méduse par le Caravage

En général, le terme désigne aussi bien les créatures fantastiques que les êtres réels. Cependant, en biologie, un monstre est un individu dont la conformation s’écarte notablement des standards de son espèce, suite à une anomalie du développement embryonnaire. La tératologie est la discipline chargée de l’étude scientifique des monstres. Par extension, on parle aussi de monstruosité sur le plan moral quand quelqu’un commet des actions que la majorité des gens réprouvent. Le mot insiste parfois sur son côté spectaculaire. C’est le cas du « monstre sacré », comme l’étaient Marilyn Monroe ou James Dean. Quant à Diderot, il qualifiait la femme de « monstre de l’homme » et, en réponse, Julie de Lespinasse, qualifiait l’homme de « monstre de la femme ». Julie de Lespinasse était d’ailleurs Scorpion.

Le monstre est de manière plus général un individu qui par certaines de ses caractéristiques propres se démarque de façon significative de ses congénères. Ces caractéristiques peuvent être physiques, morales ou intellectuelles ; toutefois la monstruosité proprement dite n’est pas forcément négative, elle peut être un gain par rapport à une norme commune. Par exemple, Albert Einstein de par ses capacités intellectuelles hors normes peut-être considéré comme un monstre.

Par ailleurs, le monstre symbolise le gardien d’un trésor, comme le trésor de l’immortalité par exemple, c’est-à-dire l’ensemble des difficultés à vaincre, des obstacles à surmonter, pour accéder enfin à ce trésor, matériel, biologique ou spirituel. Le monstre est là pour provoquer à l’effort, à la domination de la peur, à l’héroïsme. Il intervient en ce sens dans de nombreux rites initiatiques. Il appartient au sujet de « faire ses preuves », de donner la mesure de ses capacités et de ses mérites. Il faut vaincre le dragon, le serpent, les plantes épineuses, toute espèce de monstre, y compris soi-même, pour posséder les biens supérieurs que l’on convoite. Ils montent la garde à la porte des palais royaux, des temples et des tombeaux. Dans de nombreux cas, le monstre n’est en effet que l’image d’un certain moi, ce moi qu’il faut vaincre pour développer un moi supérieur. Le conflit est souvent symbolisé dans l’imagerie antique par le combat de l’aigle et du serpent.

En tant que gardien du trésor, le monstre est aussi « signal du sacré ». On pourrait dire : là où est le monstre, là est le trésor. Rares les lieux sacrés à l’entrée desquels ne soit posté un monstre : dragon, naja, boa, tigre, griffon, etc. L’arbre de vie est sous la surveillance des griffons ; les pommes d’or des Hespérides sous celle du dragon, ainsi que la toison d’or de Colchide ; le cratère de Dionysos sous celle des serpents ; tous les trésors de diamants et de perles, de la terre et des océans, sont gardés par des monstres. Toutes les voies de la richesse, de la gloire, de la connaissance, du salut, de l’immortalité sont préservées. On ne s’en empare que par un acte héroïque. Le monstre tué, qu’il soit extérieur ou qu’il soit intérieur à nous-mêmes, l’accès au trésor est ouvert.



Le monstre relève aussi de la symbolique des rites de passage : il dévore le vieil homme, pour que naisse l’homme nouveau. Le monde qu’il garde et dans lequel il introduit n’est pas le monde extérieur de trésors fabuleux, mais le monde intérieur de l’esprit, dans lequel on n’accède que par une transformation intérieure. C’est pourquoi on voit dans toutes les civilisations des images de monstres avaleurs, androphages et psychopompes, symboles de la nécessité d’une régénération. Ce que l’on a considéré, par exemple, comme des monstruosités des révolutions prend un sens tout particulier à la lumière de cette interprétation : elle signifie que la révolution peut aller jusqu’à une transformation radicale de l’homme, pour le rendre apte à vivre dans un monde nouveau. « Meure le vieil homme, vive l’homme nouveau » : cette formule pourrait résumer la symbolique du monstre.

Dans la tradition biblique, le monstre symbolise les forces irrationnelles : il possède les caractéristiques de l’informe, du chaotique, du ténébreux, de l’abyssal. Le monstre apparaît donc comme désordonné, privé de mesure, il évoque la période d’avant la création de l’ordre. Ezéchiel parle de ses quatre aspects : il se manifeste dans la tempête avec une grosse nuée et une gerbe de feu ; il paraît signifier les quatre vents et les quatre points cardinaux. C’est l’orage, avec ses nuages sombres, le tonnerre et les éclairs. Le monstre est souvent associé non seulement au vent, mais aussi à l’eau, l’eau appartenant au monde souterrain ; le royaume sous terre est aussi le domaine du monstre. Il en est d’ailleurs de même pour l’homme. Celui-ci naît du vent (esprit) et de l’eau. Aussi chaque homme comporte-t-il son propre monstre, avec lequel il doit constamment lutter. Le monstre répand la terreur là où il apparaît et l’homme l’affronte à chaque instant.

Le monstre est encore le symbole de la résurrection : il avale l’homme, afin de provoquer une nouvelle naissance. Tout être traverse son propre chaos avant de pouvoir se structurer, le passage par les ténèbres précède l’entrée dans la lumière. Il convient de dépasser en soi-même l’incompréhensible, qui es terrifiant parce qu’il est incompréhensible et qu’il paraît privé de lois. Or, l’incontrôlable possède cependant ses propres lois. Ce thème est illustré par Jonas qui, englouti dans le ventre d’un monstre mari, en sortira profondément changé.

Selon Diel, les monstres symbolisent une fonction psychique, l’imagination exaltée et erronée, source des désordres et des malheurs ; c’est une déformation maladive, un fonctionnement malsain de la force vitale. Si les monstres représentent une menace extérieure, ils révèlent aussi un péril intérieur : ils sont comme les formes hideuses d’un désir perverti. Ils procèdent d’une certaine angoisse, dont ils sont les images. Car l’angoisse est un certain état convulsif, composé de deux attitudes diamétralement opposées : l’exaltation désireuse et l’inhibition craintive. Ils sortent généralement de la région souterraine, de cavités, des antres sombres ; tout autant d’images du subconscient.

Bien des artistes ont représenté des monstres. En effet, dès les premières représentations artistiques, on trouve des homes à tête d’animaux ou des animaux fantastiques mélangeant les caractéristiques de plusieurs bêtes. Depuis toujours, l’homme a représenté des personnages angoissants et imaginaires. Mêmes les œuvres religieuses représentent fréquemment des monstres. Parmi les artistes ayant représentés des monstres, on trouve Jérôme Bosch, Francisco Goya et Giger.


Le Sabbat des Sorcières – Francisco Goya

Dans toutes les mythologies, le monstre est omniprésent. Dans la mythologie gréco-latine, le plus célèbre est la Gorgone, dont le masque de méduse pétrifiait les humains, d’où le terme « méduser ». Les croyances païennes font resurgir la figure du monstre, assimilé à une terreur collective. Le monstre est souvent double et se cache sous une apparence humaine. La thématique du loup-garou en est un exemple. La résurgence de la mythologie, après l’Humanisme, traite les figures de monstre de façon ornementale, et souvent allégoriques, voire même métaphysiques. Dans sa reprise de la fable d’Apulée, La Fontaine, dans les Amours de Psyché, présente un « monstre » de galanterie : l’Amour.

Il existe également des monstres célèbres dans la littérature, comme Quasimodo dans Notre-Dame de Paris de Victor Hugo, ou bien Dracula, ou encore le monstre crée par le docteur Frankenstein, dans le roman homonyme de Mary Shelley.


Plus moderne, Godzilla, monstre du cinéma japonais, qui a l’apparence d’un lézard géant préhistorique.

Enfin, il y eu dans des monstres célèbres comme l’anencéphale de Vichy dont l’histoire est relatée par P. Duvic en 1973 dans un livre intitulé « Monstres et monstruosités ». Il y a aussi Joseph Merrick, dit Elephant Man, l’homme-éléphant, rendu célèbre par le film de David Lynch. Hors norme aussi le Russe Fédor Machnov qui mesurait 2m82 et pesait 187 kg. Il y eut également l’Américain Isaac Spragues qui, à l’âge de dix ans se met subitement à maigrir pour ne plus peser que 20 kg jusqu’à la fin de sa vie, tout en ayant une taille normale. Et tant d’autres encore dont la célèbre femme à barbe.

Enfin, comment ne pas évoquer la chauve-souris de par son aspect monstrueux, d’autant que selon la loi mosaïque, c’est un animal impur, devenu le symbole de l’idolâtrie et de la frayeur. Pourtant, en Extrême-Orient, la chauve-souris est symbole de bonheur parce que le caractère fou qui la désigne est l’homophone du caractère qui signifie bonheur. Son image accompagne parfois le caractère longévité dans l’expression des souhaits.

Chez les Mayas, la chauve-souris est l’une des divinités incarnant les forces souterraines. La « Maison de la chauve-souris » est l’une des régions souterraines qu’il faut traverser pour atteindre le pays de la mort. La chauve-souris est le maître du feu. Elle est destructrice de la vie, dévoreuse de lumière, et apparaît donc comme un substitut des grandes divinités chthoniennes. Elle est également divinité de la mort chez les Mexicains qui l’associent au point cardinal Nord et la représentent souvent combinée avec une mâchoire ouverte, parfois remplacée par un couteau sacrificiel.

Pour les Indiens Zuni, les chauves-souris sont les annonciatrices de la pluie. Dans un mythe des Indiens Chami, apparentés au groupe Choko, sur le versant Pacifique de la cordillère des Andes colombiennes, le héros mythique Aribada tue la chauve-souris Inka (le vampire) pour s’emparer de son pouvoir d’endormir ses victimes. On dit en effet que le vampire, lorsqu’il veut mordre un homme endormi, généralement entre les orteils, pour lui sucer le sang sans l’éveiller bat constamment des ailes. Aribada, s’étant emparé de ce pouvoir, s’introduit la nuit auprès des femmes endormies et agite deux mouchoirs, l’un blanc et l’autre rouge, pour abuser d’elles à leur insu. Ceci est à rapprocher des pouvoirs érotico-libidineux déjà reconnus à la chauve-souris par Pline.

En Afrique, d’après une tradition peule d’initiation, la chauve-souris revêt une double signification. Au sens positif, elle est l’image de la perspicacité : être qui voit même dans l’obscurité, quand tout le monde est plongé dans la nuit. Au sens négatif, elle est la figure de l’ennemi de la lumière, de l’extravagant qui fait tout à rebours et qui voit tout  l’envers comme un homme pendu par les pieds. Ses grandes oreilles, en diurne sont l’emblème d’une ouïe développée pour tout capter ; en nocturne : ce sont des excroissances hideuses. Quand elle est souris volante en nocturne, elle est aveuglement aux vérités les plus lumineuses et entassement par grappes de puanteurs et laideurs morales ; en diurne : elle est image d’une certaine unité des êtres, leurs limites, s’effaçant dans l’hybride grâce à des alliances.

Dans l’iconographie de la Renaissance, illustrant de vieilles légendes, la chauve-souris, seul être volant qui possède des mamelles, symbolisait la femme féconde. On la voyait auprès d’Artémis, la déesse aux nombreuses mamelles qui, bien qu’elle fut vierge ou plutôt en raison de cette qualité, protégeait la naissance et la croissance.

Dans les traditions alchimistes, l’ambiguïté de cette nature hybride, la souris-oiseau, explique l’ambivalence de ses symboles : la chauve-souris représente l’androgyne, le dragon ailé, les démons. Ses ailes seraient celles des habitants de l’enfer. Une riche iconographie illustre ces interprétations.

La chauve-souris symbolise encore d’être définitivement arrêté à une phase de son évolution ascendante : il n’est plus le degré inférieur, pas encore le degré supérieur ; oiseau manqué, il est bien, comme disait Buffon, « un être monstre ».


Bibliographie

DICTIONNAIRE DES SYMBOLES : Jean Chevalier et Alain Gheerbrant – Collection Bouquins Robert Laffont/Jupiter
SYLVIE TRIBUT ASTROLOGUE : www.sylvie-tribut-astrologue.fr

Lien vers HaOui :
www.haoui.com
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