Entrez dans l’univers fantomatique de Guy Tillim…

 « La terre où je suis né m’est devenue étrangère à mesure que je la découvrais. Le désir de photographier cette scène est moins lié à la volonté d’en poser le décor que de m’y situer moi-même. »

 

Photographier le temps, les territoires, le béton, les rêves abandonnés : c’est ainsi que Guy Tillim a choisi de résoudre son questionnement identitaire.
Sur un continent africain décolonisé et exsangue, il observe silencieusement les traces d’une violence sourde et profonde. Adoptant tour à tour la posture de l’implication subjective (Jo-Burg), comme celle de l’effacement (Avenue Patrice Lumumba), Tillim espère ainsi dénoncer au plus juste une situation inextricable : celle d’un vaste territoire libéré du colonialisme, qui peine à trouver sa loi et à se prendre en main.

 
Barber's shop, Hillbrow

Le traitement en demi-teintes de la couleur donne aux images de ce photographe sud africain un ton très particulier, différent de celui que son maître et compatriote, David Goldblatt, a adopté, après avoir photographié en noir et blanc pendant près de cinquante ans.
Fuyant l’esthétisation, le baroque ou l’intensité dramatique intentionnelle, la palette aux tons sourds de Tillim est essentielle à l’affirmation de son propos :
terrains jonchés de statues brisées, bâtiments coloniaux hantés par des administrations fantomatiques ou appartements ravagés par des pillages incessants, tous révèlent une « identité indéniablement africaine » dont il a cherché à s’emparer.
L’apparence sale, parfois terne et sans effets, de ses images souligne la volonté sensible de Tillim d’assembler quelques fragments d’un monde en décomposition, pour y trouver une place, voire une beauté fugace, où le travail du temps s’accomplit inexorablement, dans une sorte d’abandon que rien ne semble bousculer.

 
Guy Tillim

Guy Tillim, né en 1962 à Johannesburg, est une figure majeure de la scène photographique sud-africaine contemporaine. La Fondation HCB est heureuse d’organiser sa première
exposition personnelle en France et de présenter deux séries phares de son travail : Jo’burg et son dernier opus Avenue Patrice Lumumba.
Alors jeune reporter, Guy Tillim prit conscience dans les années 1980 que la photographie pouvait être un moyen de lutter contre le gouffre racial que l’Apartheid avait creusé dans son pays : « L’appareil photo était l’outil idéal pour transcender ces frontières, pour voir ce qui se passait dans mon propre pays ». Au fil des années, Tillim a réalisé un travail documentaire d’une force visuelle et historique indéniable, témoignant du conflit social et des inégalités qui y prévalaient. Dans ses images, des couleurs dures et sombres surgissent d’un fond gris humide, en harmonie imitative avec l’âpreté de ses sujets.

Jusqu’au 19 avril exposition Guy Tillim à la Fondation Henri Cartier Bresson
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