Crise des journalistes ! Mais ou est l’info?…

La problématique de l'objectivité, implique une distinction entre les « faits » et les commentaires.

Le journalisme est parfois appelé « quatrième pouvoir » pour le rôle de transparence qu'il est censé avoir au sein d'une démocratie, jouant un rôle crucial dans la mise en œuvre de différentes libertés publiques, dont la liberté d'expression. En France, les journalistes se doivent d'obéir à des règles déontologiques dont l'interprétation est sujette à polémique. Une Charte des devoirs des journalistes a été rédigée en juillet 1918, et révisée en 1938. Celle-ci est néanmoins contestée. Ainsi, un débat récent a eu lieu concernant l'émission Les Infiltrés, sur France 2, certains journalistes opposant à celle-ci un article de cette Charte, qui stipule qu'« un journaliste digne de ce nom s’interdit d’invoquer un titre ou une qualité imaginaires, d’user de moyens déloyaux pour obtenir une information ou surprendre la bonne foi de quiconque ». Pourtant, le journalisme d'investigation doit régulièrement recourir à de telles méthodes, et prendre cet article au pied de la lettre serait signer la fin de ce type d'enquêtes.
Rapporté tel quel, un fait n'est pas toujours suffisant. Ainsi dans les écoles de journalisme, cite-t-on régulièrement l'annonce qu'il aurait fallu faire pour commenter la marche de César sur Rome : « César et ses légions ont franchi le Rubicon » ou « César et ses légions ont franchi le Rubicon, la République est en danger » ?
S'en tenir aux faits a des incidences sur la manière d'écrire. Une autre anecdote attribuait à un rédacteur en chef les consignes suivantes : « Une phrase se compose d'un sujet, d'un verbe et d'un complément. Si vous mettez un adverbe, vous êtes virés ! Pour les adjectifs... consultez-moi ! ».

Tout journaliste professionnel se doit, théoriquement, de respecter un principe d'objectivité, en imposant une distance critique entre les faits et sa propre interprétation des faits. Ce point fait néanmoins débat, le journalisme engagé invoquant souvent l'impossibilité d'aboutir à une objectivité totale et le caractère éthique d'une prise de position subjective assumée en tant que telle.
Cette problématique d’objectivité a conduit à mettre en place, en particulier dans la presse anglo-saxonne, la distinction entre les « faits » et les commentaires. En principe, l'article factuel se borne à rapporter faits, citations et détails pratiques, avec un souci d'objectivité et de neutralité. A l'inverse, l'article de commentaire, en particulier l'éditorial, est un texte comportant d'évidentes marques de subjectivité, dans lequel un journaliste propose une analyse ou une interprétation des faits qui n'engage que lui ou son journal. Les grands organes de presse ont leurs éditorialistes attitrés dont la fonction n'est plus de rapporter les faits mais d'en proposer une lecture, parfois orientée politiquement ou philosophiquement.
En pratique, cette distinction est parfois peu claire. D'une part, elle ne se manifeste pas toujours aux yeux du lecteur par des choix assez affirmés de typographie ou de localisation dans le journal; cette indistinction-là peut se trouver accrue dans les versions en ligne. D'autre part, il est souvent reproché aux articles factuels une objectivité insuffisante, car l'apparence de relation brute des faits peut masquer, délibérément ou non, une orientation partisane, philosophique ou idéologique : le choix des thèmes traités ou au contraire passés sous silence, l'ordre adopté dans la succession des informations au sein du journal, d'une page ou d'un article, la sélection et la hiérarchisation des idées au sein d'un article, ce qui est énoncé explicitement ou implicitement, le choix des noms, verbes et adjectifs aux connotations diverses, sont autant de procédés rédactionnels susceptibles d'influer sur l'interprétation du lecteur.

 


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