Melchior, Gaspard et Balthazar…

Parce que les rois mages étaient des astrologues on fait de l’épiphanie la fête des Astrologues.

Epiphanie est un mot d’origine grecque Epiphaneia qui signifie  « manifestation » ou encore « apparition ». Cette fête chrétienne célèbre la manifestation de Jésus, le Messie du monde. Elle a lieu le 6 janvier. Comme en France, ce n’est pas un jour chômé, elle est souvent reportée au dimanche suivant ou anticipée au dimanche précédent. On commémore aussi l’adoration des Rois Mages, venus selon la tradition, à Bethléem, guidés par une étoile. Au sens grec, ce sont des astrologues ou des magiciens orientaux. Cette fête s’appelle aussi Théophanie qui signifie « manifestation de Dieu ». Cet ancien nom subsiste aujourd’hui dans le prénom féminin Tiphaine, en anglais Tiffany.

La fête était à l’origine et jusqu’à la fin du IVe siècle, la grande et unique fête chrétienne de la manifestation du Christ dans le monde : incarnation, Nativité, manifestation par la venue des Mages, manifestation par la voix du Père et la colombe sur le Jourdain, manifestation par le miracle de Cana. Depuis l’introduction d’une fête de la Nativité, Noël, le 25 décembre, l’Epiphanie s’est spécialisée de façons diverses, selon les confessions et a adopté des sens variés.

L’Epiphanie commémore donc la visite des trois rois mages, venus dit-on d’Orient, en suivant la lumière d’une étoile pour les guider jusqu’à Bethléem. Melchior, Gaspard et Balthazar apportaient des présents à l’Enfant Jésus qu’ils nommèrent « le Nouveau Roi des Juifs ». Quand ils le découvrirent dans l’étable, près de ses parents, Marie et Joseph, ils s’agenouillèrent devant lui en signe de respect. Ils apportaient en cadeau de l’or, de la myrrhe et de l’encens.

L’origine des Rois Mages est aujourd’hui encore obscure. On les dit savants, riches mais errants. Ces mystérieux personnages alimentèrent l’imaginaire qui entoure Noël. Melchior venait de Nubie. C’était le plus âgé des trois. Il apportait de l’or, symbole royal. Balthazar apportait de la myrrhe, symbole sacerdotal. La myrrhe est une sorte de gomme produit d’un arbre d’Arabie, le balsamier, utilisée dans les préparations cosmétiques et en pharmacie. Gaspard était le plus jeune et apportait l’encens, symbole prophétique, une résine dégageant un parfum quand on la fait brûler.

Dans les Evangiles, c’est Matthieu qui mentionne leurs noms et les présentent comme de riches personnages ayant visité l’Enfant Jésus à Bethléem, en Judée, du temps du roi Hérode. Alors que Luc ne parle pas des Mages, mais évoque par contre la visite des bergers.

Les Rois Mages furent d’abord présentés comme des Perses. Un manuscrit grec, traduit en latin, révèle leurs noms qui, plus tard, furent légèrement déformés et deviendront : Balthazar avec la peau cuivrée, Gaspard avec la peau foncée et Melchior avec la peau blanche. De même, on les fera paraître l’un imberbe, l’autre moustachu et le troisième barbu, leur attribuant ainsi les trois âges de la vie. Ils représentaient les « non Juifs » des trois continents. Il faut se dire que les quatrième et cinquième continents n’avaient pas encore été découverts.

Quant à leurs offrandes, elles sont particulières. Saint André révèle que l’Encens, la Myrrhe et l’Or forment l’acronyme EMO, signalant l’obligatoire transsubstantiation du sang humain en sang divin. Quant à l’anagramme du mot, il donne OME, homophonie d’HOMME, signalant que ces cadeaux de royauté sont aussi dévolus à l’humain.

L’OR, richesse et aussi métal, représente selon certaines interprétations la paROle, Orare en latin. Ne dit-on pas d’ailleurs que « la parole est d’or »... C’est en effet une richesse car manier le verbe est le plus grand des pouvoirs, mais c’est un métal si la parole devient vénale, qui alourdit son possesseur. Ne dit-on pas aussi à l’initié « Laisse tes métaux à la porte du temple ».

La MYRRHE, la résine qui guérit et qui sert à embaumer les morts, est la promesse de la résurrection, d’un cycle de vie pour accomplir son destin.

L’ENCENS scelle le lien avec notre origine, par l’intermédiaire des prières ou reconnaissance sentimentale envers notre source. A ce titre, les Rois Mages, les trois, représentent la divinité tri-unitaire présente dans toutes les religions. Ce sont des inconnus qui nous ont apportés ces cadeaux que sont la parole, l’immortalité et les liens affectifs qui nous unissent à eux.

Enfin, longtemps ce jour-là, on célébra le miracle de Cana : l’eau changée en vin... Un rituel de quête terminait jadis la période des douze jours de fêtes. Les quêteurs recevaient souvent en guise de présent une part de galette. Et voilà pourquoi nous perpétuons la tradition et dégustons des galettes à l’époque de l’Epiphanie.

OR, ENCENS ET MYRRHE : EN SAVOIR UN PEU PLUS

Les Anciens avaient l'habitude d'honorer les personnes selon leur rang et leur dignité. Les cadeaux offerts à Jésus symbolisent la considération que les nations païennes avaient de lui. On voit habituellement dans l'or, la reconnaissance de la royauté de Jésus, dans l'encens, la reconnaissance de sa divinité, dans la myrrhe, la reconnaissance de son humanité car on rapproche souvent ce cadeau de celui de Nicodème lors de son embaumement. Cependant, cette interprétation très répandue est doublement déficiente. Elle l'est parce que Matthieu, dans son évangile ne parle pas de Nicodème. Il ne connaît pas cette tradition. Elle viendra plus tard, dans un autre évangile : celui de Jean. La myrrhe dans Matthieu ne peut donc prendre ici le sens de l'humanité de Jésus lié à sa mort. Matthieu, qui se réfère très souvent aux Écritures, voit dans la myrrhe plutôt l'incarnation du Messie attendu car la myrrhe dans l'Ancien Testament n'est jamais mis en rapport avec la mort ou avec l'ensevelissement, mais avec l'amour et plus précisément l'amour de Dieu. On se sert de la myrrhe pour oindre l'Arche d'Alliance, pour décrire les vêtements du Roi-Messie dans le contexte de ses fiançailles avec Israël ou pour décrire la parole du Très-Haut. La myrrhe apparaît en tout douze fois dans les écrits de l'Ancien Testament dont sept fois dans le Cantique des Cantiques lié à l'amour des fiancés. La myrrhe dans Matthieu décrit donc la reconnaissance de l'amour du Messie pour son peuple.

A propos de la Myrrhe

Le mot Myrrhe vient du latin « murra » ou « myrrha », lui-même emprunté au grec, l’étymologie étant certainement une racine sémitique contenant l'idée d'amertume, une des composantes de l'odeur de la myrrhe. L'histoire de la myrrhe est aussi ancienne que celle de l'encens. Les Egyptiens la connaissaient depuis quatre millénaires et en faisaient un des composants du kyphi. Elle était également utilisée dans les embaumements. Dans la Bible, la myrrhe est l'un des principaux composants d'une huile d'onction sainte, mais c'est surtout un parfum chargé d’érotisme, mentionné à ce titre sept fois dans le Cantique des cantiques, par exemple dans le verset I, 13 : « Mon bien-aimé est un sachet de myrrhe, qui repose entre mes seins. » La myrrhe fait également partie des cadeaux apportés à Jésus par les Mages. Les Grecs ont fait un grand usage de la myrrhe, allant jusqu'à en parfumer leur vin. Ils l'ont aussi associée à une légende : Myrrha était la fille de Cinyras, roi de Chypre. Des Gorgones la poussèrent à avoir des relations incestueuses avec son père. Après quoi elle fut transformée en arbre à myrrhe, dont l'écorce se fendit pour donner naissance à Adonis.

La myrrhe est utilisée comme composant de médicaments pour ses propriétés antispasmodiques et stimulantes, mais c'est surtout la parfumerie qui continue à en faire la gloire, notamment dans les parfums de type oriental, où elle accroît la sensualité des notes de rose. Par ailleurs, elle entre dans la composition d’une célèbre liqueur, la Bénédictine. "La Myrrhe" médicament est utilisée dans le traitement des ulcères de la bouche et des gencives. C’est un astringent. En aromathérapie, on extrait de cette gommo-oleorésine deux huiles essentielles intéressantes : herabolène et eugénol.

L'arbre à myrrhe ou balsamier (Commiphora myrrha) est un arbre de la famille des Burseraceae qui pousse dans les régions sèches du Nord-Est de l’Afrique : Djibouti, Ethiopie, Soudan, Somalie, Kenya, mais aussi de la Péninsule arabique : Yémen et Oman. Cette espèce de Commiphora est un arbuste ou un petit arbre d'une hauteur d'environ 3 mètres, avec de nombreuses branches écailleuses, noueuses et hérissées d'épines. Les petites feuilles ovales caduques sont composées de trois folioles inégales. A la fin de l'été, l'arbuste se couvre de fleurs rouge-orangé, tandis que son tronc se boursoufle de nœuds. C'est de ces boursouflures que s'écoule la myrrhe, en petites larmes jaunes que l'on recueille une fois qu'elles ont séché.

A propos de l’Encens

L’encens est une résine produite par un arbre appelé Boswellia sacra, de la famille des Burséracées. L'arbre serait originaire du Dhofar, dans l'actuel sultanat d'Oman. Il y est encore cultivé aujourd'hui et est exporté par le port de Salaalah. Autres lieux de production : la Somalie et le Yémen (pays qui vit de cette marchandise) et l'Inde, où l'on cultive surtout le Boswellia serrata, dont le produit est l'oliban. Seul l'arbre mâle, haut de trois mètres à maturité, produit la précieuse résine, mais il faut attendre une bonne dizaine d'années pour qu'il fournisse un produit de qualité. L'écorce est incisée, et les sécrétions de résine sont collectées trois semaines plus tard. On dit que la meilleure résine est recueillie en automne, à la suite d'incisions pratiquées pendant l'été. C'est ce qu'on appelle l'encens blanc par opposition à l'encens roux, recueilli au printemps après des incisions hivernales.

Dans la langue française, le mot encens est relativement tardif : il a été emprunté vers 1135 au latin ecclésiastique incensum, désignant une matière brûlée en sacrifice (participe passé neutre du verbe incendere = brûler, enflammer). Chez les Romains on l'appelait thymiama, un mot proche de thym, à rattacher à deux racines grecques : l'une, thuos évoque à la fois l'idée d'offrande et de parfum, d'aromate; l'autre, thuien, correspond à la notion de sacrifice (que l'on fait brûler). A l'origine, sans doute une racine indo-européenne « dhu » qui signifie « faire brûler ».

Les termes ci-dessus montrent bien l'importance de l'encens dans la religion, les dieux étant apparemment friands de ses fumées qui montaient vers eux en sacrifice. Le dieu assyrien Baal en était un grand consommateur, mais Yahvé dans l’Ancien Testament, aimait également beaucoup l'encens, mentionné à 113 reprises dans les divers livres. On notera surtout un passage de L’Exode  (XXX: 34-37) dans lequel Yahvé précise à Moïse la composition du mélange qu'il faut faire brûler pour lui (storax, onyx, galbanum, aromates et pur encens), tout en lui indiquant que ce mélange ne doit pas être utilisé de façon profane :

« Le parfum que tu fais là, vous n'en ferez pas pour vous-mêmes de même composition. Il sera saint pour
toi, réservé à Yahvé. Quiconque fera de même pour en humer l'odeur sera retranché de son peuple ».

Les Egyptiens, considérés comme les plus grands parfumeurs de l’Antiquité, firent eux aussi un grand usage de l’encens, qui entrait notamment dans la composition du Kyphi. Même chose chez les Grecs et les Romains. La nature divine de l’encens est évouée par Ovide dans ses Métamorphoses, puisque selon lui le premier arbre à encens aurait poussé sur la tombe de Leucothoé, maîtresse d’Apollon, châtiée par son père Orchamos. Le christianisme, dans la continuité de l’Ancien Testament, perpétua l’utilisation de l’encens, puisqu’il fait partie des cadeaux apportés au Christ par les Mages. D’où les encensoirs dont le parfum raffiné a envahi les églises pendant des siècles. De tous les parfums, l’encens est certainement celui qui a le passé le plus prestigieux. On le considérait dans l’Antiquité comme plus précieux que l’or, et la route de l’encens a fait la fortune de plusieurs royaumes arabes. C’était un peu l’équivalent du pétrole d’aujourd’hui. Toutefois, des études ont montré la grande toxicité des vapeurs d’encens car sa combustion dégage des vapeurs contenant des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), produit cancérigène. Il est donc déconseillé d’en utiliser plus d’un bâton par jour et recommandé d’aérer la pièce après.

En parfumerie proprement dite, l'encens est assez peu utilisé, mais il semble être revenu un peu à la mode : il entrait notamment dans la composition de Coco Mademoiselle, parfum créé par la Maison Chanel en 2001. A préciser également que le terme encens désigne parfois toute matière brûlée lors de rites religieux, et que le copal des Mayas ou les mélanges asiatiques à base de santal sont souvent appelés encens.

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