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Depuis quelques années, dans toute formation de management qui se respecte, un leitmotiv est asséné aux participants : soyez positifs ! Si vous avez un reproche à faire à l’un de vos collaborateurs, formulez-le de manière positive. Ainsi, au lieu de dire : « tu as planté le dossier », mieux vaudrait dire : « tu aurais pu mieux gérer ce dossier ».
Subtil …
Je connais au moins un manager qui a eu le courage de répondre : « foutaises ! Quand c’est nul, c’est nul, y a pas à revenir là-dessus ! »
Certes …
Dans notre fort intérieur, si nous sommes honnêtes, ne pensons-nous pas un peu comme ce manager ? Seulement voilà, ce n’est pas « politiquement correct » de formuler sa pensée de manière aussi brutale.
A trop vouloir formuler positivement, ne risquons-nous pas de ne plus formuler le message du tout ? Dans la réalité, il existe tout de même une différence notable entre un travail qui pourrait être amélioré et un travail vraiment mauvais !
Prêtons attention aux mots. La formulation positive d’une situation qui n’existe pas réfère à une situation virtuelle. Ce genre de formulation n’aide ni le manager, ni le collaborateur. Les tenants de la « positivité » à tout prix déclarent que le cerveau humain ne peut concevoir le négatif. L’exemple souvent cité est le suivant : « si je vous dis de NE PAS penser à un éléphant rose, à quoi pensez-vous ? Précisément à un éléphant rose ! »
Certes …
Rappelons-nous toutefois que le management n’est pas un concept, c’est une pratique quotidienne. La pratique, c’est l’expérimentation que chacun fait chaque jour.
Mettons-nous dans la peau d’un collaborateur qui vient de remettre un dossier de piètre qualité à son manager. Le manager fait état « positivement » de la médiocrité du dossier et enjoint son collaborateur à se donner un objectif relatif à la qualité de son travail.
Le collaborateur essaie de penser positivement et se dit : « je devrais prendre le temps d’étudier convenablement les dossiers que l’on me confie afin de réaliser un travail de meilleure qualité ». Quelle est la réalité de cette phrase ? Comment peut-elle s’inscrire dans la vie réelle du collaborateur s’il ne s’est jamais trouvé dans la situation idéalement décrite ?
Quel serait l’impact sur sa vie réelle d’une formulation du genre : « je devrais cesser de répondre à toutes les demandes qui m’arrivent par e-mail. Je devrais cesser de répondre au téléphone quand j’ai décidé d’étudier un dossier. Je devrais refuser de participer à des réunions qui me font perdre mon temps. Alors, peut-être, trouverais-je plus de temps pour étudier les dossiers que l’on me confie. »
Formuler négativement permet d’ancrer l’objectif sur l’expérience, donc dans la réalité. La formulation négative est la seule qui permette de formuler un diagnostic clair sur un comportement … et c’est la seule qui donne au sujet une chance d’entrevoir la possibilité d’adopter un comportement plus approprié, donc plus efficace.
La formulation négative d’une situation qui existe prend racine dans l’expérience et permet une amélioration : cesser ce comportement que je répète régulièrement et qui m’est nuisible. Il s’agit tout simplement de la première étape indispensable dans l’apprentissage d’un nouveau comportement.
Marie-Laure Navelot, cofondatrice et cogérante de Edhova
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