Le mot délation a perdu son sens originel…

Le débat est ouvert avec une circulaire par laquelle sera donnée aux préfets "La possibilité d'accorder des titres de séjour provisoire aux clandestins victimes de filières clandestines qui décideraient de les dénoncer".

Eric Besson et la délation, la compromission, la dénonciation et la complicité.

Le ministre de l'immigration, a signé récemment une circulaire permettant à des sans-papiers d'obtenir des titres de séjour en échange d'une "coopération" avec la police. Le but de cette circulaire, selon le ministre, est de lutter contre les filières qui s’enrichissent en organisant l’immigration clandestine.

Très vite de nombreuses voix se sont élevées pour s’insurger contre cet appel à la « délation ».

« Délation », voilà un mot fourre-tout employé très souvent à tort et à travers.

La délation dans sa définition d’origine c’est la dénonciation pratiquée pour des motifs intéressés et méprisables. Ainsi la délation n’est pas qu’une simple dénonciation. D’autant plus que derrière le mot dénonciation on peut trouver l’engagement pour une cause. Emile Zola, dans son « J’accuse » ne dénonçait-il nommément des généraux, des experts et des institutions d’avoir accusé à tort Richard Dreyfus ? Emile Zola n’a pas pratiqué la délation car les motifs de sa dénonciation n’étaient pas méprisables. Sa dénonciation devait servir à défendre une cause qui lui semblait juste…

Que dire alors de la non-dénonciation souvent confondue à la non-délation ?

Par peur de la délation, lorsque l’on assiste à un acte intolérable, on peut-être tenté de ne rien dire. Ne pas alerter, ne pas témoigner. Je ne suis pas un délateur alors je n’ai rien à dire !

Cette attitude peut être dangereuse car elle conduit à la compromission voire à la complicité passive.

En effet, face à un acte intolérable, j’aurai pu faire en sorte, par mon témoignage, par un engagement, qu’il ne se reproduise pas. Mais je n’ai rien fait car je ne suis pas un délateur. Et les actes répréhensibles dont j’ai été témoin se reproduiront. Mais cela ne me concerne pas…

Le danger de la peur de la délation c’est de faire de moi un citoyen passif. Au contraire, je dois garder en moi une capacité de dénonciation, une capacité à m’engager pour une cause qui me semble juste.

La limite, c’est le motif de mon engagement. Mais pour cela il faut que j’écoute ma conscience.

Le motif qui me guide est-il juste ou méprisable ?

chronique : Eric Besson et la délation, la compromission, la dénonciation et la complicité

par Gwendall B., Gérant de sté
Publié le 8 février 2009 dans les chroniques d’abonnés du Monde

 


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