La parole ou l’affirmation de soi…

Parler consiste à mettre en route notre intention dynamique.
Le but de la parole est d’être entendu. Souvent, nous ne nous rendons pas compte que nous parlons dans le vide, ou bien, notre intention est si perturbée ou si faible que notre message arrive tout déformé. Il nous arrive de dire je suis content de vous voir en disant non de la tête. D’autres fois, nous délivrons un message, puis sans laisser le temps à l’autre de reprendre son souffle, nous le lui redonnons une deuxième fois, et même une troisième et ensuite, nous réagissons à une légère réaction d’énervement de notre interlocuteur.

Considérons quelques uns des facteurs essentiels qui influent sur l’efficacité de notre d’affirmation.

Les deux principales dérives.

Le compromis

La première dérive consiste à se minorer. Nous avons du mal à prendre et garder une position claire et précise. Nous doutons de nous, nous n’osons pas. Nous avons alors du mal à dire ce que nous pensons. Nous disons peut-être oui lorsque nous pensons non. Cette attitude est souvent le fait de personnes de style Magnétique, centrées sur l’empathie.

L’intransigeance

La seconde dérive, à l’inverse, consiste à nous imposer, à passer en force, à donner tort pour avoir raison. Nous n’avons aucun problème à dire non. C’est même là, l’une de nos principales tactiques de communication. Nous disons ce que nous pensons sans état d’âme.
Cette attitude est souvent le fait de personnes de style dynamiques, centrées sur l’expression de soi.

Accusé d’être égoïste un mari proteste ! « Mais c’est quoi un égoïste pour toi ? » Toute à sa colère l’épouse rétorque : «  Être égoïste, c’est quand tu ne fais pas ce que je te dis ». Stupéfaits par l’absurdité de cette logique, les deux époux se regardent un instant et éclatent de rire.

L’authenticité

L’affirmation de soi est équilibrée lorsqu’elle est portée par une intention positive. Elle ne cherche ni à s’imposer, ni à se soumettre ; elle fonctionne sur la base de l’authenticité.
Dans ce contexte, être authentique consiste à être conscient de son auto conversation, de ses ressentis et d’être en mesure de les assumer pleinement.
Quelqu’un nous dit quelque chose et nous nous sentons mal. Si, nous considérons que nous sommes mal à cause de ce qui vient d’être dit, nous réagissons soit en nous compromettant soit en étant intransigeant, et nous justifions notre attitude par le fait que nous sommes mal à cause de l’autre. Voilà le processus de base de notre inauthenticité.
En fait nous sommes mal parce que nous avons interprété ce qui vient d’être dit, à partir de nos valeurs et de nos croyances. Prendre conscience de cela et assumer notre ressenti est la condition de base pour être authentique. Ensuite, il faut trouver le courage de l’exprimer à l’autre. En lui disant quelque chose comme : « Vous parlez trop fort pour moi, j’ai le sentiment d’être agressé…».

Monsieur P, a deux garçons. Il part en bateau à la pêche avec l’aîné en âge de l’accompagner. Des années plus tard, le plus jeune relate : « mon père avait une préférence pour mon frère, il ne m’aimait pas. Preuve en est : Il ne s’est jamais occupé de moi il préférait aller à la pêche avec mon frère. Après avoir observé la situation de façon plus responsable, il découvre qu’il était en fait frustré et jaloux, et incapable sur le moment de l’exprimer, il a justifié son état en concluant : mon père préfère mon frère. Il m’aime moins.
Cet exemple tiré d’un témoignage assez banal pour celui qui l’entend fut une révélation quand 30 après, l’enfant devenu adulte réalisa qu’il avait construit l’essentiel des ses rapports aux autres sur cette décision, prise quand il avait 5 ans.
La plupart de nos problèmes viennent en grande partie de stratégies qui reposent sur des décisions prises par réaction à des perturbations émotionnelles aux étapes clés de notre vie.
En se prêtant à un examen du passé, chacun de nous peut retrouver les situations au cours desquelles il a pris ces décisions et ainsi se libérer de son inauthenticité*. Ce travail appartient au développement personnel. Mais qui peut croire en une évolution sans effectuer un travail en profondeur sur soi-même.
*Nous sommes inauthentique à chaque fois que nous nous mentons à nous-mêmes.

« Qui veut connaître les autres, doit d’abord apprendre à se connaître lui même »

Corollaire

« Nous nous plaignons que les autres ne nous comprennent pas alors que nous ne nous connaissons pas nous même »
Ce qui vient d’être déclaré par rapport à nos manques d’authenticité n’a de valeur qu’en en faisant l’expérience. Certaines psychothérapies offrent un excellent moyen d’accéder à ce type d’expérience. Au cours de ce travail nous accédons à un type de mémoire, dites cachées où sont stockées ces « mensonges », ces vérités occultées, enfouies dans l’inconscient et nous retrouvons ainsi du pouvoir sur soi ainsi que la capacité à faire face à la réalité.

Les suppositions

Les suppositions sont la source de toutes sortes de désordres. Certains croulent sous le poids de réalités dramatiques qui en dernière analyse se révèlent être un écheveau de suppositions.
Au départ, il y a une interrogation, celle-ci ouvre un champ aux suppositions. L’on explore les possibilités positives, puis négatives. La peur enclenche la production de toutes sortes de raisons qui pourraient expliquer cette éventualité…L’on éprouve des sensations, des émotions « comme si c’était vrai ». La probabilité devient alors si forte, si réelle que la supposition change brusquement de statut. Elle devient information.

Le monologue intérieur

« Ah je te préviens, si c’est comme cela, je ne vais pas me laisser faire. Je vais lui dire au Martin que c’est un beau saligaud. Ça serait bien dans son style d’ailleurs. Je suis sûr que ce ne serait pas la première fois ! »

Les suppositions de groupe

Dimanche après-midi, la famille est attablée et Robert lance :
-« Vous savez que les Martins vendent leur épicerie.
-Ah bon comment tu sais cela ?
-« C’est Roger qui raconte ça, à qui veut l’entendre. »
-« Et bien il vont s’en mettre plein les poches sur ce coup là. »
-« Penses-tu, ils n’en tireront rien, avec le nouveau supermarché qui va s’ouvrir. »
-« Quel super marché ? »
-« Oh, y’en a bien un qui s’ouvrira, tôt ou tard. Oui, moi à leur place je me dépêcherais de vendre avant de tout perdre. »
-« Au contraire moi, je resterais accroché à mon business et je leur montrerai que la qualité peut faire la différence… »
-« Oui mais toi, t’es toujours plus malin que les autres. »
-« Tu peux parler, on voit ce que cela donne tes belles idées… »
Arrêtons-nous là, avant que cette conversation, gonflée comme un soufflet de suppositions, ne dégénère.
Nous voyons cette conversation descendre de l’intérêt à l’antagonisme de la même façon que s'affaisse un soufflet au fromage.
En réalité, personne ne sait si les Martins vendent.
Personne ne sait si un super marché va ouvrir, ni quand ?
Sur ces incertitudes de taille, l’on échafaude. Puis l’échafaudage finit par ressembler à de bons murs bien solides. L’on finit par se comporter comme si c’était réel.
Cette conversation s’appuie sur des suppositions. Personne ne s’intéresse vraiment à l’autre, aux raisons plus profondes qui le pousse dans telle ou telle position ? Personne ne semble s’intéresser aux simples faits dont se contente toujours la vérité.
Nous parlons dans le vide, lorsque nous échafaudons des réalités sur des suppositions. Entre amis, cela peut s’avérer amusant, mais lorsque les suppositions sont substituées à des informations, l’ambiguïté et la confusion ne sont pas loin. Or ce sont ces deux ferments qui dénaturent les relations.

La vérité

Dire sa vérité sans l’imposer et prendre position sur la base de faits demande beaucoup de courage. Mais nous ne pouvons nous affirmer pleinement tant que nous n’acceptons pas cette épreuve. Elle consiste à se reconnaître le droit d’être ce que nous sommes, sans se cacher, sans maquiller nos ressentis pour faire plaisir aux autres, par peur de leur jugement.
« L’authenticité est une quête de la vérité ».

L’art d’argumenter.

Autant les questions sont au service de l’écoute et possèdent un pouvoir d’influence indirecte, autant l’argument est au service de l’affirmation et possède un pouvoir d’influence directe.
La valeur d’un argument dépend du niveau d’adhésion qu’il rencontre chez notre interlocuteur. Un argument pour être efficace doit être reconnu comme vrai, juste, valable, intéressant par l’interlocuteur lui-même. C’est pourquoi assener des arguments « massues » et vouloir les faire rentrer de force dans la tête du client est une erreur néfaste. Les arguments font « tilt » lorsqu’ils touchent le cœur du client. Une zone à laquelle il est sensible. Un bon argument cherchera donc à relier ce que nous avons à dire au contexte particulier de notre interlocuteur. A ce stade, nous comprenons que toute bonne argumentation s’appuie sur la réalité de l’interlocuteur.
Soit l’on part de la réalité du client et l’on établit un lien avec notre solution soit l’on pratique en sens inverse.
Un argument peut se comparer à une pièce de monnaie. Le côté pile c’est nous, ce que nous apportons ; le côté face, c’est le client, ce qu’il recherche.
S’il manque un côté notre pièce n’a pas de valeur.

La coresponsabilité.

Cette aptitude est la faculté à prendre en considération les deux côtés d’une situation. Notre côté et celui de notre interlocuteur. Le but n’étant pas de gagner tout seul mais de gagner ensemble. La coresponsabilité récompense la véritable communication. Elle confère à celui qui en est capable un pouvoir d’influence recherché parce que son conseil sert toujours l’intérêt du plus grand nombre. C’est le principe d’équité. Elle permet au final de jouer gagnant-gagnant. C’est aussi une assez bonne définition de l’éthique en ce sens où elle ne peut être imposée à celui qui la pratique mais résulte toujours d’un libre choix. Il est assez aisé de comprendre à partir de ce point de vue qu’il n’y a pas de véritable liberté sans éthique. C’est pourquoi les gens honnêtes se sentent assez libres et dorment la conscience tranquille.
Lorsque la coresponsabilité échoue, il convient de renvoyer l’autre à son libre arbitre, sans omettre de se protéger si cela est nécessaire. Nul n’est tenu de communiquer avec quelqu’un qui n’est pas prêt à respecter les règles. La première d’entre elles est que la communication ne s’impose pas, elle se partage librement. Tout leader, qu’il soit parent, éducateur, manager, homme d’état devrait soigneusement méditer ce principe.
Extrait du Vendeur Ethique  Marc ROUSSEL Dirigeant  IRCAR Formation

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