L’œuf Pascal…

De nos jours, l’œuf de Pâques est l’emblème de cette fête, comme l’arbre de Noël et le père Noël sont devenus l’expression profane de la Nativité. Cadeau printanier offert aux enfants sages, il est, selon les traditions et les pays, distribué par les cloches, les cigognes, les coucous ou les lièvres.

Œufs décorés aux rubans multicolores, œufs en sucre coloré ou en chocolat que l’on cherche dans les buissons du jardin, œufs peints, couverts de symboles qui remontent à des traditions anciennes, véritables chefs-d’œuvre d’ingéniosité artistique féminine, ou encore œufs en or sertis d’émail et de pierres précieuses, tous se réfèrent aux traditions pascales et au souvenir de la Résurrection et sont offerts en gage d’amour, d’amitié ou par respect des conventions.

Considéré dans les traditions sacrées de l’Antiquité comme une enveloppe matérielle à partir de laquelle se développe la « manifestation » au sens plein du terme, symbole de vie et de perfection, c’est assez naturellement que l’œuf s’imposa comme symbole chrétien du message pascal. Du monde celtique aux îles du Sud-est asiatique, en passant par la Grèce, l’Egypte, le Tibet, la Chine ou la Japon, il existe une tradition commune, simplement déclinée en variantes, de la naissance du monde dans un œuf.

 
Ainsi dans l’œuvre de Salvatore Dali

Dans la mythologie indienne, le cosmos se retire entre deux périodes d’activité pour se reposer et se régénérer dans l’œuf d’or qui contient l’univers. Dans les livres sacrés persans, l’œuf apparaît au milieu de la nuit universelle, s’ouvre en deux et donne naissance au monde. Dans le même esprit, le Kalevala, le livre sacré des anciens Finnois, enseigne que le monde s’est formé à partir d’un œuf primordial tombé des cieux sur les genoux de la déesse Ithamara, la mère des eaux. Parfois le serpent des traditions celtiques ou le dragon chinois préexistent à l’œuf. Ailleurs, l’œuf est fécondé par le soleil ou flotte, selon la conception égyptienne, dans les eaux de la mer primordiale représentant le Verbe créateur.

Mais l’œuf cosmique est aussi à l’origine de la dualité comme le figure le mythe de Léda, la mère de l’œuf divin d’où sortirent les jumeaux Castor et Pollux. Principe de vie, l’œuf se réduit parfois à une simple coquille de l’âme humaine. La tradition selon laquelle l’âme du héros, bénéfique ou maléfique, est contenue dans l’œuf est commune dans les contes populaires de plusieurs parties du monde. La destruction de l’œuf met fin aux supercheries du monstre ou plonge dans le néant l’enchanteur, qui autrement resterait immortel.

A Naples, on raconte que Virgile en personne plaça sous les fondations du « château de l’œuf » l’œuf porteur de l’avenir de la ville : lorsqu’il se briserait, Naples disparaîtrait. Les optimistes associent volontiers cette destruction à l’éruption du Vésuve et à la disparition de Pompéi. Mais les Napolitains, dans leur majorité, croient dur comme fer que la fin viendra par l’association des trois éléments : le feu (et les émanations toxiques d’une éruption), la lave (la terre) et l’eau (les vagues gigantesques d’un raz de marée).


Château de l’œuf dans la baie de Naples

En Chine, depuis les temps les plus reculés, l’œuf est une offrande printanière en signe de fécondité et de renouveau. Mais les traditions européennes recensées par les historiens des religions offrent un exemple d’utilisation des œufs comme offrande propitiatoire : il s’agit de la fête romaine du 19 avril où l’on apportait dans les sanctuaires de Cérès, déesse de l’Agriculture, du pain et des œufs pour obtenir ses faveurs et s’assurer la maturation des jeunes épis. Et comme tout renouveau découle d’une destruction réelle ou symbolique, l’œuf se retrouve dans plusieurs autres traditions comme signe de désolation, de deuil et de mort et donc, ultimement, comme symbole de pérennité et de vie éternelle. L’œuf figure souvent comme offrande aux morts qu’il accompagne vers l’au-delà : les exemples les plus anciens de cette utilisation sont ceux découverts dans les tombes d’Ur, la capitale sumérienne d’il y a six mille ans. Des œufs en argile trouvés dans les tombes en Suède ou en Russie, reflétant les anciennes coutumes indo-européennes, sont interprétés comme des emblèmes d’immortalité. En outre, dans les traditions russes, ukrainiennes ou roumaines, le repas de Pâques est consommé sur les tombes afin d’associer les morts à la fête, et les coquilles des œufs consommés y sont répandues. Egalement symboles de résurrection, les œufs placés dans les mains de statuettes de Dionysos découvertes dans des tombes de l’époque classique en Béotie. Cette notion de continuité ou de manifestation cyclique de la vie fait de l’œuf une nourriture interdite par les doctrines, tel l’orphisme, qui condamnaient ce désir de retour périodique à une nouvelle existence en recommandant la transfiguration spirituelle.

Par contre, l’œuf du repas de la Pâque juive a pour fonction de rappeler la désolation. L’œuf du « seder » évoque le sacrifice au Temple de Jérusalem et on lui accorde une valeur de deuil. Par ailleurs, les jours de deuil, on mange un œuf dur. Dans les traditions judaïques en général, l’œuf représente une vie avortée, un poussin non parvenu à terme.

C’est chez les Coptes, en Egypte, que l’on rencontre la coutume d’offrir à Pâques des œufs colorés et cela à partir du Xe siècle. On en trouve aussi des témoignages sporadiques à Constantinople tant à la cour que dans le peuple. Dans le monde orthodoxe, les œufs sont teints le Jeudi saint et leur couleur rouge fait allusion à la Passion, plus précisément au sang du Christ dont l’effusion est signe de mort mais aussi de Rédemption.

Les œufs constituent la base de plusieurs variantes de gâteaux de Pâques : le tsoureki balkanique, sorte de pain au lait ou de brioche, décoré aux œufs rouges, et la paskha russe, par exemple. Ils font, en quelque sorte, pendant à la bûche de Noël des traditions occidentales.


Tsoureki balkanique

 

 
Paskha russe 

En Occident, au cours du XIIe siècle, sous l’influence de traditions très vraisemblablement importées d’Orient par les Croisés, l’Eglise procéda à des bénédictions des œufs. Au XVe siècle, la coutume prend racine en Alsace et à partir du XVIe siècle elle apparaît à la cour des rois de France, en Allemagne et en Angleterre notamment.

On a souvent été tenté d’expliquer la coutume des œufs de Pâques par le besoin d’en consommer après le long jeûne du Carême qui les proscrivait. Or c’est justement pendant cette période du début du printemps que les poules se montrent le plus prolifiques. Ainsi à la fin du Carême une grande quantité d’œufs se trouvaient dans les provisions des ménages qui commençaient donc par en distribuer comme récompense aux enfants pendant leurs tournées d’annonce de la Résurrection.

Cette explication rationalisante ne recouvre qu’un seul volet d’une réalité beaucoup plus complexe, amalgamant traditions anciennes, aspirations métaphysiques, conventions sociale, inspiration artistique, questions dogmatiques et pragmatisme économique.

Pâques dans les traditions populaires

Dans les pays chrétiens, l’œuf de Pâques est le cadeau favori le jour de Pâques. En Allemagne, en Suisse, en Autriche, en France notamment en Alsace, mais aussi en Moselle, ainsi qu’en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, le lundi de Pâques s'accompagne d'un autre jour férié : le « Karfreitag », soit le Vendredi saint. Pâques y est considéré comme une sorte de deuxième Noël et il n'est pas rare que les gens s'offrent des cadeaux entre eux à cette occasion.

En Alsace, on confectionne un biscuit en forme d’agneau appelé « Osterlammele » ou « Lamala ». Cette tradition typiquement alsacienne du « Lammele » est attestée par le théologien catholique Thomas Murner en 1519 : le fiancé offrait un agneau pascal à sa promise. On l’offrait aussi aux enfants au retour de la messe du jour de Pâques. Après le temps du Carême, ce biscuit riche en œufs permettait d’écouler le stock d’œufs accumulé avant Pâques et dont la consommation était proscrite. L’agneau était décoré d'un étendard aux couleurs du Vatican (jaune et blanc) ou de l’Alsace (rouge et blanc).

Comme pour Noël, les Suisses et les Allemands décorent leur maison à l'approche de Pâques. Les œufs de Pâques sont apportés par le lièvre de Pâques (Osterhase). Chocolats et décorations diverses, souvent en forme de lapin, ornent ainsi les boutiques et les appartements. On y fait aussi des bouquets de Pâques sur lesquels on accroche divers sujets et des œufs peints. Les arbres dans les jardins ont droit également à une parure multicolore avec l'arrivée du printemps, les œufs et lapins poussent partout !

Les Allemands, comme les Américains, décorent des œufs cuits durs avec de la peinture ou des feutres. Les Américains espèrent que l’« Easter Bunny » leur apportera des lapins en chocolat et des sucreries dans un panier tressé.

En Belgique, en Suisse et en France, ce sont les cloches de Pâques qui apportent les œufs de Pâques. Depuis le jeudi saint, les cloches sont silencieuses, en signe de deuil. On dit qu'elles sont parties pour Rome, et elles reviennent le jour de Pâques en ramenant des œufs qu'elles sèment à leur passage. En Italie, on attache les cloches le jour du jeudi-saint pour éviter qu'elles ne sonnent.

En Allemagne et en France, le repas de Pâques est souvent l'occasion de partager un gigot d'agneau rôti accompagné de flageolets. En Pologne, un panier garni est préparé le vendredi, conservé sans être mangé le samedi, et béni le dimanche par le prêtre.

En Italie, de nos jours encore, on fait aussi bénir les œufs que l'on place au centre de la table.

En France, et surtout au Québec, certains mythes populaires parlent de la cueillette de l’Eau de Pâques. En Serbie, il y a beaucoup de rites qui plaisent aux enfants, en particulier :

- On colorie les œufs pour cette journée, essentiellement en rouge, mais on utilise aussi d’autres couleurs.
- On s’échange ces œufs coloriés pendant toutes les fêtes de Pâques et la semaine qui suit.
- On considère que le premier œuf peint est le gardien de la maison et on le conserve.

La Pâque orthodoxe véhicule aussi une autre tradition, très populaire : une fois les œufs coloriés ou peints, on peut choisir un œuf et le décréter comme œuf porte-bonheur. Cet œuf servira à toquer l’œuf d’une autre personne. Si jamais votre œuf est brisé lorsque vous toquez l’œuf de votre « adversaire », vous remportez son œuf. Si c’est le contraire, alors vous perdez votre œuf au profit du vainqueur, il ne vous reste plus qu’à choisir un nouvel œuf.

Pendant cette journée, les Chrétiens orthodoxes se saluent par l’exclamation « Christ est ressuscité ! », en serbe cyrillique, à laquelle on répond : « Il est vraiment ressuscité ! » en cyrillique.

Quant aux Russes orthodoxes, ils font bénir les œufs à l'église et les font cuire pour leur déjeuner de Pâques.

En République tchèque, les jeunes filles colorent les œufs durs. Elles utilisent également de la cire qu’elles mettent autour de l’œuf qui, une fois coloré et la cire enlevée, crée des motifs. Les garçons tressent avec des roseaux, des rubans colorés en faisant des sortes de fouets. Le dimanche de Pâques, les garçons font le tour de leur voisinage pour « fouetter » les jeunes filles et leur demander des œufs, à défaut un verre d’alcool. Cette coutume de « fouetter » les jeunes filles n’est pas sans rappeler les Lupercales romaines.

En Allemagne, la tradition veut, pour les enfants, que ce soit un lapin blanc invisible qui les cache. Les enfants confectionnent des nids avec des feuilles, de la mousse ou de l'herbe qu'ils installent dans le jardin, dans l'espoir que le lapin les garnisse d'œufs multicolores durant la nuit de Pâques.

Si le lapin et le lièvre sont les cacheurs d'œufs privilégiés, d'autres animaux peuvent tenir ce rôle : la poule (au Tyrol), le coucou (en Suisse), la cigogne (en Alsace et dans la région de Thuringe en Allemagne), le renard (en Westphalie en Allemagne).

La tradition d'offrir des œufs remonterait à l'Antiquité. Déjà, les Egyptiens et les Romains offraient des œufs peints au printemps car ils étaient le symbole de la vie et de la renaissance.

Par la suite, c'est en Russie que la célébration de Pâques atteint son plus grand éclat. Pâques est la plus grande fête du calendrier orthodoxe russe. Tolstoï, Gogol, Dostoïevski ne choisissent-ils pas la nuit de Pâques pour faire renaître leurs personnages après des drames et des bouleversements. Ici, Pâques est célébrée par un échange d'œuf et trois baisers accolades. Le type d'œuf offert dépend de la fortune de chacun mais l'œuf de poule peint est, sans conteste, le plus populaire. Vient ensuite l'oeuf de verre, de porcelaine, de bois, d'argent jusqu'à l'œuf précieux en or.

Carl Fabergé fut le créateur d'œufs précieux destinés aux Tsars. Toute l'histoire débuta en 1884 lorsque Fabergé fabriqua un œuf de Pâques commandé par le Tsar Alexandre III pour son épouse bien-aimée, la tsarine Maria. L'œuf avait été conçu pour rappeler à l'impératrice son pays natal. C’était un œuf d'un raffinement extrême fait d'émail translucide à reflet d'huître avec des incrustations d'argent, d'or, de pierres précieuses. Cet œuf devint légendaire et le Tsar nomma Fabergé fournisseur impérial. Il dût ainsi créer un œuf, symbole de vie et de résurrection, tous les ans, que le Tsar commandait comme présent pour son épouse et cela dura 11 ans.

À sa mort, le Tsar Nicholas II et son fils Alexandre perpétuèrent la tradition. L'œuf devait toujours contenir une surprise qui était tenue secrète, même des membres de la famille et ce, jusqu'au jour de Pâques. Quand le Tsar, curieux, demandait à Fabergé de dévoiler le secret ou au moins de lui donner un indice, Fabergé répondait irrévocablement et à chaque fois : "Votre majesté sera satisfaite !". Fabergé s'inspirait de l'art byzantin. D'autres œufs furent ajoutés à la collection et commémoraient certaines dates importantes comme le couronnement du Tsar Nicholas II, l'avènement du chemin de fer jusqu'en Sibérie... certains anniversaires. D'autres mirent en scène le yacht impérial, la cathédrale Uspensky, le palais Gatchina et, plus tard, durant la Guerre, les œufs représentèrent la Croix rouge et les militaires. La collection comporte cinquante-six œufs impériaux. C’est en Allemagne que la Maison Fabergé perpétue la tradition avec son maître-artisan et joaillier Victor Mayer.

Superstitions et croyances

Autrefois les gens étaient très superstitieux et de nombreuses croyances populaires étaient attribuées aux œufs de Pâques, porteurs de chance :

            - Offrir à un nouveau-né lui assure une vie prometteuse et lui portera chance.
            - Un œuf enterré durant un siècle verra son jaune se transformer en diamant.
            - Enterrer des œufs de Pâques au pied d'une vigne la protègera et la rendra prospère.
            - Un œuf avec deux jaunes apportera chance et fortune à son propriétaire.
            - Un œuf béni à Pâques éloigne la maladie de son foyer.

Les repas de Pâques
Dans la plupart des pays européens (France, Belgique, Italie, Pologne etc. ), l'agneau est l'une des pièces maîtresse du repas du dimanche de Pâques. Il rappelle d'une manière originale l'agneau de Dieu qui a donné sa vie pour le Salut du monde.

En Grèce, Pâques est la plus grande fête religieuse de l'année. On cuit à la broche et en plein air l'agneau pascal badigeonné d'un mélange d'huile, d'origan et de citron pour célébrer la fin du jeûne et la résurrection. Dans plusieurs villes de Grèce, les broches sont installées sur les trottoirs pour que les passants puissent aussi s'associer à la fête. Le dimanche de Pâques est célébré avec une abondance de nourriture.

En Allemagne, en Angleterre, au Québec, c'est le jambon qui est servi traditionnellement le jour de Pâques. Le porc est un symbole de chance dans plusieurs pays.

En Hongrie, l'agneau et le jambon "béni" sont à la fête.

En Italie, la "Pastiera" est une tarte confectionnée pour cette occasion, fourrée de fromage ricotta et truffée de fruits confits.

Enfin, Pâques a donné naissance au prénom Pascal.

Bibliographie : Fêtes et Croyances Populaires en Europe - Yvonne de Sike

www.sylvie-tribut-astrologue.fr

 


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