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La colonne astrologie et la Bourse du Commerce à Paris
Lorsqu’en 1190, Philippe Auguste entoura Paris d’une enceinte, le quartier où s’élève maintenant la Bourse du Commerce n’était que prés, champs et jardins. A la place qu’occupe maintenant celle-ci, on trouvait, en 1232, un Hôtel de Nesle, habité pendant 20 ans par Blanche de Castille, mère de Saint Louis. Elle y mourut sur un lit de paille, par humilité, le 1er décembre 1252, profondément regrettée des Parisiens.
En 1388, Charles VI donna cet hôtel à son frère Louis, le célèbre duc d’Orléans, que son cousin germainJean sans Peur devait assassiner dix-neuf ans après. Le duc d’Orléans fit un logis magnifique de cet hôtel, devenu l’Hôtel d’Orléans, et où, d’après Brantôme, le « chroniqueur » de l’époque, il avait installé un « cabinet aux pourtraicts » où étaient exposés ceux de ses nombreuses maîtresses ; lorsque Jean sans Peur vint visiter le bel hôtel de son cousin, il put considérer le portrait de sa femme placé bien en vue au premier plan.
En 1499, Louis XII, le « père du peuple », ex-Louis II d’Orléans, céda la majeure partie de l’hôtel pour qu’y fût établi le « couvent des Filles-Pénitentes ou Repenties ». Ce couvent était assez particulier ; pour y être admises, les candidates étaient tenues de fournir des preuves de leur libertinage, de la vie dissolue qu’elles avaient menée et de jurer sur les saints Evangiles qu’elles ne s’étaient pas prostituées exprès pour avoir la faveur de faire partie de la communauté. De sévères matrones passaient une scrupuleuse visite ; si la postulante était trouvée vierge, elle était chassée sur-le-champ. Les rois s’intéressèrent beaucoup à ce couvent : Louis XII, François 1er, Henri II, François II et Charles IX y firent souvent des visites.
En 1572, à la suite du fameux horoscope où Florentin Cosme Ruggieri avait prédit à Catherine de Médicis « qu’elle mourrait près de Saint-Germain », la reine renonça à habiter le château des Tuileries situé dans la paroisse de Saint-Germain-l’Auxerrois et délogea les « Filles-Pénitentes » qu’elle transféra dans le monastère de Saint-Magloire, rue Saint-Denis. Elle fit construire, en place du couvent, un hôtel superbe, le plus beau de Paris avec le palais du Louvre et le château des Tuileries. Ce fut « l’hôtel de la Reine », oeuvre de Bullant. Il comportait deux parties : l’hôtel et son jardin. La colonne que l’on voit actuellement était édifiée à l’intérieur même de l’hôtel, dans l’encoignure d’une courette ; son premier étage faisait face à l’une des deux pièces formant le logis particulier de la reine.
Catherine de Médicis - Galerie des Offices à Florence
L’hôtel, dont l’entrée était située face au débouché de la rue Vieille-Etuves, l’actuelle rue Sauval, sur la rue Aux-Fers, devenue rue Berger, comprenait cinq appartements princiers de cinq pièces chacun ; son personnel était composé de 86 dames d’honneur, le fameux « escadron volant », 25 demoiselles d’honneur, 40 femmes de chambre, 36 aumôniers, 13 médecins et apothicaires, 11 maîtres d’hôtel, au total 300 personnes. Le jardin renfermait les communs, une chapelle, des étuves, une volière, ainsi que 26 écuries pour 52 montures, mules, haquenées et chevaux.
Catherine de Médicis habita ici pendant 14 ans, mais c’est à Blois qu’elle mourut, en 1589. Malade, elle reçut d’un prêtre de cette ville les derniers sacrements ; elle lui demanda son nom : « Madame, je m’appelle Julien de Saint-Germain ». Catherine comprit que l’horoscope avait vu juste et qu’elle allait mourir, ce qui se produisit peu après.
C’est en 1606, que l’Hôtel de la Reine fut acheté par le fils du prince de Condé, Charles de Bourbon-Condé, comte de Soissons. Il le fit réparer et agrandir, d’où un nouvel hôtel magnifique appelé dès lors « l’Hôtel de Soissons ». C’est dans cet hôtel que naquirent en 1655, le général Louis-Guillaume de Bade et, en 1663, le prince François-Eugène de Savoie-Carignan, fils d’Eugène Maurice de Savoie-Carignan, comte de Soissons, et d’Olympe Mancini, nièce de Mazarin, très brillant général connu sous le nom de prince Eugène, ennemi redoutable de la France, que Napoléon mit au rang de Turenne et de Frédéric II.
Le dernier propriétaire, Victor-Amédée de Savoie, criblé de dettes, transforma l’hôtel en un somptueux tripot ; puis, en 1718, il fit construire dans les jardins quantité d’échoppes qu’il loua très cher aux agioteurs de la Banque générale de Law avant que ceux-ci n’allassent s’installer, un an après, dans la rue Quincampoix. L’hôtel fut démoli en 1748 et ses matériaux vendus pour payer les créanciers de Victor-Amédée de Savoie. La colonne fut rachetée par la Ville à son acquéreur, Laurent Destouches, qui l’avait acquise pour la sauver de cette démolition.
Entre 1763-1766, la Ville fit construire sur l’emplacement de l’Hôtel de Soissons un édifice, de forme circulaire, destiné à la vente et à l’entrepôt des blés et farines ; ce fut la « Halle aux Blés ». On avait envisagé d’abord de transporter la colonne en son centre, mais le projet fut abandonné et la colonne resta à sa place primitive, adossée au mur extérieur de la Halle avec laquelle elle n’eut aucune communication. En 1887, la Bourse du Commerce remplaçait la Halle aux Blés.

Quant à la « Colonne Astrologique », construite par Bullant, elle appartient à l’ordre toscan par son chapiteau et à l’ordre dorique par son fût. Sa hauteur est d’environ 31 mètres, son diamètre, de 3,15 mètres à la base et de 2,65 mètres au sommet ; sa surface présente 18 cannelures, séparées entre elles par des arêtes dentelées. On y voit encore des monogrammes faits de C et de H entrelacés. Elle contient un escalier à vis de 147 marches, éclairé par quelques étroites barbacanes.
On ignore encore le but de cette colonne. Pour certains, ce pouvait être une tour de guet, pour d’autres, un monument élevé par la reine Catherine de Médicis à la mémoire de feu son époux, le roi Henri II. Reste la solution d’un observatoire dominant le palais et ses alentours où, à défaut de la superstitieuse reine qui, déjà âgée et corpulente, ne pouvait gravir ces 147 marches, montèrent souvent ses astrologues et cabalistes pour observer le firmament.
Cette mystérieuse colonne, qui est classée, constitue un précieux souvenir d’un lieu où deux reines de France ont vécu, où fut un couvent de jolies pécheresses du XVIe siècle, où naquirent deux illustres généraux et où fut, à deux reprises, un temple de l’agiotage.
En traversant la rue Berger pour prendre la rue Sauval, on remarque au n° 11 de la rue du Louvre, face à la rue Berger, le vestige d’une tour de l’enceinte de Philippe Auguste.
Bibliographie : « Lutèce à prefent nômée Paris cité capitalle de France » - Connaissance du Vieux Paris par Jacques Hillairet
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