Condamnée pour lui avoir tranché le sexe…

 

 

Accusée d’avoir tranché le sexe de son ami, Jocelyne Siekierkowski crie son innocence et accuse le chien.
Petite, cheveux mi-longs blonds décolorés, veste bleu pâle sur un pantalon et un pull a col roulé, Jocelyne Siekierkowski, 64 ans, n'a pas la silhouette de la jeune fille qu'elle aurait sans doute voulu rester. Son visage est marqué et les sanglots qu'elle réprime constamment accentuent le plissé de ses yeux. Mais elle s'exprime parfaitement et bondit sur le micro pour soutenir sans faillir, toutes les accusations.
« Depuis trois ans, je souffre le martyre, je n'en peux plus. J'ai honte », sont les premiers mots qu'elle prononce devant la cour d'assises de l'Aisne qui la juge. Le crime qui lui est reproché est atroce. Elle ne le sait que trop et crie son innocence. Le 4 juin 2005, dans leur appartement de la rue Vauban à Saint-Quentin son compagnon est retrouvé dans le coma, sur son lit, le sexe tranché à la base.
La sexagénaire qui partageait la vie de Christophe, la victime, 39 ans, a immédiatement appelé les secours puis accusé le chien d'avoir mordu puis avalé la verge de son compagnon.
Le ministère public l'accuse d'avoir elle-même tranché le sexe du jeune homme et de l'avoir jeté dans les toilettes après avoir fait disparaître l'arme. Car rien n'a été retrouvé. Ni le sexe, ni l'arme. Mais dans ce huis clos, le mystère persiste. La victime ne se souvient de rien.
Hier, Christophe n'a pas pu paraître au procès. Hospitalisé dans une structure psychiatrique, il est dans un état de santé critique. « Je n'ai pas de pronostic favorable des médecins », a informé son avocat, Me Marc Antonini, partie civile.
A l'issue de la première journée de procès, on connaît un peu mieux Jocelyne Siekierkowski qui comparaît libre. Elevée dans un coron du nord, elle est issue d'un milieu modeste. Elle est formée chez les Soeurs à la couture avant de se retrouver enceinte d'un premier enfant David qui naît en 1968. Promotion sociale inespérée, Jocelyne a fait un beau mariage avec un jeune comptable de Cambrai. Ses beaux-parents l'installent dans une boutique. Elle en reprend une seconde, puis une troisième. Les affaires marchent.
Après plus de 25 ans de vie commune chaotique, elle rencontre Christophe. « Il avait 22 ans de moins que moi, mais c'est l'amour », explique l'accusée à la présidente Isabelle Seurin qui s'étonne d'un tel choix quand Jocelyne réclame par ailleurs « de la sécurité ».

Le mari souffre, mais cautionne la location d'un studio à Saint-Tropez où s'installent l'épouse et son jeune amant. Une situation que ne tolèrent pas les enfants qui coupent les ponts avec leur mère.
« Ils m'en veulent », ne cesse de dire Jocelyne qui affronte le témoignage de son fils qu'elle n'a pas vu depuis dix ans.

Quadragénaire, David est professeur de lettres et de latin dans le nord. « J'ai fait un choix, j'ai choisi mon père qui souffre de cette situation infamante. Ma mère ne voulait pas vieillir. Elle rabaissait constamment mon père. Elle le traitait de minable et d'impuissant. Elle pouvait tout casser dans la maison. Ma mère hait tout le monde. Elle est possessive. Elle doit être soignée. Mais je ne crois pas qu'elle ait pu faire ça ».
On entendra ensuite sa sœur qu'il a fallu faire venir sous la contrainte, puis l'accusée donnera sa version précise des faits, avant d'être confrontée aux experts.
« Je ne suis pas assez idiote pour faire ça »
« Je l'aime. Je suis triste. Je voulais avoir de ses nouvelles. Je ne savais pas que le chien avait récidivé en l'attaquant au visage. Moi, m'attaquer à Christophe, jamais, je n'aurai pu ! ».
La vie de Jocelyne Siekierkowshi avec son jeune compagnon n'est pas décrite comme une sinécure par amis et voisins. Les vieux copains de leurs vingt ans dénoncent une « Brian », (son surnom) « intrigante, opportuniste, arriviste ». Le gardien de l'immeuble de Saint-Tropez décrit « l'enfer des beuveries et des violences ». « Ca cassait tout là-dedans ». La voisine de Saint-Quentin qui raconte son « mauvais pressentiment » constatant la « jalousie et l'hystérie de Jocelyne » « J'avais dit à Christophe : va-t-en, ou ça va finir très mal ». Une amie de Christophe enfin qui témoigne : « Cliff voulait repartir dans le sud. Il parlait plus souvent de son chien que de son amie ».
« Il buvait un peu et me frappait souvent », avoue l'accusée qui se fait prier par son avocat Me Christophe Donnette qui a fort à faire. « Il ne travaillait pas et je lui en faisais le reproche. Ca ne lui plaisait pas. Il se droguait tous les jours ».
« Vous buviez aussi », lance me Antonini. « Non maître, j'ai 64 ans et si je buvais ça se verrait ». « Mais ça se voit », souffle l'avocat qui n'a pas cessé de pousser la sexagénaire dans ses retranchements, tentant de la mettre devant ses contradictions. En vain. Jocelyne tient bon et crie toujours son innocence.
« Je ne suis pas idiote, à 60 ans, on ne fait pas ça ! », a confié l'accusée dans une interruption de l'audience. Elle veut convaincre et s'appuie sur l'absence de preuves matérielles. « C'est le chien ». Elle n'en démord pas.
Malgré le fait qu’elle nie en bloc les accusations portées à son encontre, elle a été condamnée mercredi 30 avril dernier à 12 ans de prison par le tribunal de Laon, dans l'Aisne.