Mai 68 est un important mouvement social français, à la fois étudiant et ouvrier, du printemps 1968, qui s'inscrit dans un ensemble d'événements dans les milieux étudiants d'un grand nombre de pays de part et d’autre du Rideau de fer, notamment en Allemagne, aux États-Unis, en Tchécoslovaquie, au Japon, en Italie, au Mexique et au Brésil.
En France, ces événements prennent cependant une ampleur particulière car ils sont accompagnés de puissantes manifestations d'étudiants, puis de la plus importante grève générale depuis le Front populaire[], elle paralyse complètement le pays (des camions militaires doivent assurer des transports de fortune). Ce mouvement s'accompagne d'une vague de réunions informelles à l'intérieur des organismes, des entreprises, des administrations, des lycées et des universités, des théâtres, des maisons de jeunes et des maisons de la culture.
Le président Charles de Gaulle qualifie cette contestation de « chienlit ». Elle l'amène à dissoudre l'Assemblée nationale et à organiser des élections anticipées
Les archives de l'INA[] rendent compte d'un mouvement parti des universités et qui s'étend jusqu'aux usines, rassemblant à terme 10,5 millions de grévistes.
Les causes de ce mouvement sont diverses selon les analystes. Leurs analyses tournent à la fois autour de l'idée qu'une grande rigidité cloisonnait les relations humaines et les mœurs et de la constatation d'un début de dégradation des conditions matérielles après la période de reconstruction suivant la Seconde Guerre mondiale. A l'époque de nombreux bidons-villes jouxtent la capitale notamment celui de Nanterre. Les étudiants qui se rendaient dans la faculté fraichement construite découvrirent ce milieu, la pauvreté, la condition ouvrière. Le mécontentement naissant dans le milieu étudiant sera relayé par celui qui se profilait depuis plusieurs années dans le secteur ouvrier. Le mouvement se forme dans un contexte de guerre froide où l'opposition à l'« impérialisme américain » prend un sens nouveau avec les atrocités de la guerre du Viêt-Nam.

Les deux premiers syndicats français seront divisés sur le mouvement. La CFDT le soutient du début jusqu'à la fin. La CGT, d'abord hostile, prendra ensuite le train en marche, avant de s'y opposer à nouveau lorsque des assemblées générales de jeunes ouvriers rejettent les accords de Grenelle en scandant « Ce n'est qu'un début, continuons le combat ». Rapidement la situation a dépassé les syndicats qui trouvaient des interlocuteurs nouveaux et critiques dans les comités et autres groupes de discussion et d'action.
Au plan économique, on arrive à l'apogée des « Trente Glorieuses », années de reconstructions après la Seconde Guerre mondiale. Cependant, de grands bidons-villes existent toujours. La société de consommation s'est installée sans qu'on prenne vraiment conscience de toutes ses implications et des déséquilibres mondiaux qui se développent. Ainsi, depuis quelques mois, voire une année, des symptômes importants d'une détérioration de la situation économique française avaient fait leur apparition. Pour n'en citer que quelques-unes : le nombre de chômeurs s'accroissait régulièrement (début 1968, il était déjà de 500 000) et les jeunes se trouvaient les premiers touchés ; les salaires réels commençaient à baisser et les conditions générales d'existence des travailleurs subissaient les attaques préliminaires d'envergures de l'État (ex : une ordonnance de 1967 sur la Sécurité sociale, qui pour faire face à des difficultés financières, instaure une séparation en trois branches autonomes : maladie, famille et vieillesse. Chaque branche est alors responsable de ses ressources et de ses dépenses.).

Sur le plan sociologique, la dynamique de groupe s'est répandue pendant les années 1960 dans les formations des responsables de toutes les organisations et des entreprises. La mode est au débat. Mais les clivages sociaux sont encore extrêmement rigides. Le paternalisme autoritaire est omniprésent. On commence à ouvrir des lycées « mixtes », mais beaucoup d'établissements scolaires sont encore réservés aux garçons ou aux filles (les filles ne sont pas autorisées à porter le pantalon). La France a autorisé l'usage de la pilule contraceptive dès 1967, mais elle est encore peu répandue et l'éducation n'a pas encore connu de réformes structurelles et le décalage est criant entre les aspirations d'une jeunesse et les cadres moraux qu'ils ressentent comme dépassés. Néanmoins, pour certains la révolution sexuelle précède les revendications sociales.
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