Les mythes de la Vierge infiniment complexes.

 

 

La Vierge : signe « double » et « mutable », est selon la tradition, porteur de contradictions essentielles et révélateur d’une multiplicité de facettes qui nous incitent à relire les mythes eux-mêmes infiniment complexes.

- La Vierge pure et sage

D’un côté, la Vierge, virgo intacta, pucelle ou bréhaigne, sage, docile, ordonnée et respectueuse de l’ordre, inhibée et terrifiée par toute menace de viol, au point de serrer les genoux de ses jambages dans le glyphe qui la représente.

De l’autre, la Vierge farouche, indomptée, célibataire, libre, celle qui fascinait et inquiétait Balzac, confessant la préférer « à l’état d’imagination »... La Vierge folle : celle qui traverse les récits concernant les Ménades, habitera Dionysos et Héphaïstos, nous parlera de démesure et de rire.

Parfois même les deux visages de la Vierge alterneront, oscillant de l‘une à l’autre à l’intérieur d’un même personnage. On peut opposer Déméter à Athéna, l’une mère éperdue prête à laisser le monde mourir de faim et la nature s’étioler tant qu’elle n’aura pas retrouvé sa fille bien-aimée ; l’autre, farouche guerrière, célibataire, « fille de son père » et née de lui, plus proche d’une Walkyrie nordique que d’une déesse séductrice, et en même temps pleine de sagesse, civilisatrice.

On opposera aussi les deux visages d’Hermès : le dieu des voleurs ne ressemblant en rien à l’Hermès l’accompagnateur des âmes, bien que leurs noms et leurs fonctions soient parfois étrangement confondus, comme c’est le cas à propos des Gémeaux.

Tout peut ici se résumer à une opposition entre mesure, chère aux Grecs civilisés, et démesure, chère aux dieux d’origine barbare, à ces Thrases et à ces Phrygiens, à ces Anatoliens tout imprégnés de traditions chamaniques. Apollon a été « récupéré » par les Grecs alors que Dionysos, « le dieu dément » aura toutes les peines du monde à se frayer un chemin jusqu’en Grèce et à s’y faire accepter.

Déméter, toutefois, sous ses apparences de déesse sage, n’est pas incapable de grands excès, de révoltes et de violences. C’est à elle, évidemment, que l’on pense en absolue priorité lorsqu’on évoque les mythes de la Vierge.

Rainer Maria Rilke nous rappelle que « le clair éclat du M signifie les mères ». Ainsi en va-t-il de Méter, DéMéter, DéMater, mère entre toutes les femmes. Ou aussi Cérès, sous son nom latin, déesse des moissons, celle qu’on verra dans notre Zodiaque porteuse en ses mains des précieux épis de blé. La fille de Saturne, à l’origine un vieux dieu patron des semences, est à l’évidence associée aux mythes terriers, nourriciers, agricoles. Le pain et le blé sacré joueront un rôle essentiel dans les Mystères d’Eleusis.

- Hestia et Vesta

Plus « sages » encore, Vesta ou Hestia, déesses du foyer, vestales intactes, gardiennes fidèles de la lumière divine, elles ne doivent sous aucun prétexte laisser s’éteindre la flamme sacrée du temple, image sans doute de la présence du dieu. Hestia apparaît comme la moins querelleuse des divinités olympiennes, sans vanité et sans agressivité, cédant volontiers sa place au banquet des dieux, trop heureuse d’échapper aux colères de ses bruyants parents. Humbre, discrète et charitable, Hestia se montre propice à ceux qui prient avec dévotion et ferveur. Par essence, elle est l’image de l’attachement aux vertus domestiques, au devoir, à la pureté. Vierge, prête à défendre sa virginité contre toute attaque, notamment celle de Priape qui, un peu ivre comme ça lui arrive de temps en temps, tenta de la violer. Un âne, à proximité, se mit à braire, réveillant à temps la déesse et chassant Priape, tout penaud.

Si nous construisions le thème de naissance d’Hestia, sans doute serions-nous tentés de lui accordés un Ascendant Cancer, justifiant ainsi son rapport au feu du foyer que les émigrants s’installant dans une ville étrangère emportaient, pour ne pas briser leur lien avec le lieu de leurs origines, avec leurs racines...

A l’opposé des servantes d’Hestia, de ces sages créatures, il y a les Ménades, dont le nom vient de « mania » qui signifie « délire ». C’est dire si ce sont des créatures de désordre, de démesure et de folie. Ces femmes soumises à la transe dionysienne, contaminées par le culte de Dionysos, étaient forcément mal vues des Grecs raisonnables parce qu’elles abandonnaient leur foyer, leurs époux, délaissaient les tâches ménagères pour aller danser dans les montagnes, s’unir à la divinité au cours de ces transes extatiques, tournant comme des derviches qui connaissent le pouvoir de la danse et qui, sans doute, ont la même origine.


- Pallas Athéna

Côté sage, on ne peut passer sous silence Athéna, alias Pallas ou Minerve, la Menerva étrusque qui, à l’instar d’Athéna, portait le hibou, oiseau de sagesse, sur son épaule et le rameau d’olivier à la main. Minerve apparaît comme moins guerrière, moins masculine qu’Athéna, déesse civilisatrice par excellence.  Selon les versions, les lieux de naissance d’Athéna varient. La plus classique veut que Métis, sa mère, sur le point d’accoucher, soit avalée par Zeus/Jupiter. Peu après, Zeus ressentit de violentes douleurs à la tête et c’est Hermès qui persuadera Héphaïstos d’ouvrir le crâne de Zeus avec une hache et un maillet. Une brèche est pratiquée dans le divin crâne et Athéna sort, casquée et armée. Cette naissance très particulière lui vaudra sans doute un attachement sans faille à Zeus puisqu’elle dira « tendre entièrement du côté du père » comme nous le rapporte Homère. Evidemment, le modèle maternel pose quelques problèmes et, à la place d’Athéna, on pourrait trouver à redire à la façon dont Zeus avale sa mère.

Comme Héphaïstos, elle deviendra patronne de la forge et de tous les arts mécaniques. Elle n’aimait pas les hommes, comment auraient-ils pu rivaliser avec son papa ! Elle éconduisait brutalement ceux qui osaient la courtiser ou même la regarder dévêtue. Tirésias qui l’avait aperçue par accident en perdit la vie... mais non le don de double vue...

Elle personnifie la sagesse, ce qui ne serait pas pensable si elle était fille de sa mère, dont on sait d’ailleurs peu de choses. Athéna conseille les dieux, intervient dans les conflits, apporte son aide, toujours efficace, aux héros qu’elle estime ou qui lui sont exceptionnellement dévoués. De sa facette féminine subsistent quelques fonctions, des inventions qui serviront aux progrès de l’agriculture, comme celle de la charrue, du râteau, du joug (en imaginait-elle l’usage conjugal, elle protectrice de la famille, du mariage, et très attachée à la fidélité des époux, ce qui peut surprendre, vu le comportement de son père). Elle enseignera aux femmes le tissage et ne supportera pas la concurrence dans ce domaine. Celle qu’elle transformera en araignée, son animal exécré, en sut quelque chose... Elle est aussi à l’origine de la poterie, et l’art des travaux domestiques... qui la renvoient dans le camp de la Vierge sage, ainsi que ses talents particuliers en matière de santé et de guérison, qui plus encore évoquent ici les dons thérapeutiques de la Vierge et de la Maison VI du thème astral. Athéna n’a-t-elle pas d’ailleurs enseigner à Asclépios, dieu de la médecine, peut être aussi à Erichtonios, à ressusciter les morts grâce au sang de Méduse ?

L’image habituellement donnée de la sage déesse était de nature à lui créer des fidèles : « Protectrice des hauts lieux, acropoles, palais, villes » et « inspiratrice des arts civils, agricoles, domestiques, militaires ! ».

Industrieuse, active, intelligente, ingénieuse, Athéna possède toutes les vertus et illustre la dimension la plus élaborée du signe de la Vierge. Certains l’ont assimilée à la déesse égyptienne Neith, Platon entre autres. Mais sans doute a-t-elle réuni sur sa seule personne des mythes très archaïques, à la fois guerriers et civilisateurs qui font d’elle aussi, à l’origine, une Déesse Mère, porteuse, comme Ishtar, d’une double nature : tantôt Walkyrie, tantôt démétérienne. Mais elle semble aussi incarner l’idéal grec de raison, de mesure et de sagesse auquel la plupart des déesses « nées d’une mère » ne pouvaient prétendre.

... d’après « Dieux et héros du zodiaque » de Joëlle de Gravelaine, chez Robert Laffont.

 

www.sylvie-tribut-astrologue.fr