
L’Eros intervient lorsque deux ou plusieurs entités séparées s’associent de telle manière qu’elles sont totalement transformées par l’expérience. Nous avons terriblement déformé le sens du merveilleux mot « érotique ». Nous croyons qu’érotique veut dire « sexuel », alors que sa signification est beaucoup plus large.
L’Eros est associé au Scorpion et à Pluton, à la qualité « Eau » de l’amour, d’un amour qui implique de souffrir. L’Eros est le désir d’unir notre âme à celle d’une autre personne. Sur le plan archétypique, l’Epithumia du Taureau s’intéresse expressément à la fusion des corps tandis que l’amour érotique du Scorpion veut unir les âmes et les psychés, et c’est ce qui le rend si douloureux.
L’Eros est un amour qui implique la souffrance. Il y a en lui quelque chose de douloureux puisque le moment de l’extase, cet instant de fusion psychique, ne peut durer éternellement. C’est pourquoi les Français appellent l’orgasme « la petite mort ». Nous avons de même le concept de la dépression « post coïtum » qui survient lorsque nous ressentons à nouveau la séparation après avoir connu un intense sentiment d’inimité. Nous aimerions vivre dans l’extase perpétuelle de l’union avec une autre personne, mais l’Eros est la forme d’amour qui suppose de mordre dans la pomme, exactement comme Eve qui a ensuite été chassée du paradis.
L’histoire de Perséphone évoque une idée similaire : dans le royaume de l’ombre, elle a mordu dans une grenade, ce qui lui interdit de retourner définitivement sur terre. La pomme de la Bible et la grenade de la mythologie sont certainement apparentées, car il n’y a pas de pommiers dans la région du monde d’où provient l’histoire du jardin d’Eden, et le fruit dans lequel a mordu Eve était sans doute en fait une grenade. C’est un fruit très intéressant parce qu’il saigne quand on l’ouvre, ce qui évoque la rupture de l’hymen et la perte de la virginité. Dans le cas de Perséphone, cette rupture est celle de son lien avec sa mère Déméter et, dans un sens, elle évoque la coupure du cordon ombilical. Eve, de son côté, désobéit à Dieu et suit le conseil du serpent, l’un des visages de Lucifer, lorsqu’elle mange la pomme. Manger la pomme, c’est donc en quelque sorte couper le cordon ombilical avec son père et épouser Adam. Elle n’est plus simplement l’enfant de Dieu, elle est maintenant la femme d’Adam. Et après cet épisode, Adam et Eve doivent quitter le paradis, exactement comme un homme et une femme qui se marient doivent quitter le domicile de leurs parents pour fonder ensemble un nouveau foyer.
Dans le mythe de Déméter et de Perséphone, Déméter était une déesse qui ne s’intéressait pas particulièrement aux hommes. La plupart des récits la concernant ne lui attribuent qu’une seule relation - selon certains, avec Zeux, selon d’autres, avec Poséidon. Toujours est-il qu’elle a donné naissance à Korè, ce qui en grec veut dire « vierge » et elles vivaient ensemble dans le monde paradisiaque des premiers âges. Déméter (Cérès dans la mythologie romaine) était une déesse de la Terre, une mère-terre primitive responsable des récoltes et de tout ce qui poussait sur la surface du globe. Or, un jour, Korè va se promener et cueille des fleurs dans un champ. Ce sont des narcisses. Korè vivait avec sa mère dans une sorte d’union narcissique et dès qu’elle cueille le narcisse, ce monde ouroborique est détruit. Cette fleur avait été plantée par Aphrodite (Vénus) qui, comme Pluton, ne pouvait supporter que le lien parental interfère avec la croissance de l’enfant et l’empêche de devenir une personne à part entière et de s’unir avec un autre être que ses parents. Aux yeux d’Aphrodite et de Pluton, l’intimité prolongée de Déméter et de Korè était anormale et malsaine. Dès que Korè cueille le narcisse, la terre s’entrouvre et Pluton surgit pour l’enlever, entraînant la jeune fille, malgré ses hurlements et ses protestations, dans le monde souterrain où il la viole.
Déméter connaît alors une terrible période de dépression et de deuil, ce qui est le cas de toute mère encore attachée par le cordon ombilical à son enfant qu’elle doit laisser partir. Pour essayer de retrouver Korè, Déméter décide de recourir au chantage : tant que sa fille ne reviendra pas, la surface de la terre restera stérile et le monde connaîtra une terrible famine.

Perséphone ramenée des Enfers
Les dieux sont bouleversés. Ce n’est pas qu’ils aiment les hommes au point de ne pas supporter de les voir souffrir, mais si ceux-ci ne peuvent se nourrir, il ne restera plus de mortels pour les vénérer. Ils vont se plaindre à Zeus (Jupiter), le père des dieux, et lui demandent instamment de prendre l’affaire en mains. Zeus finit par intervenir et demande à Pluton de rendre, à Déméter, sa fille Korè, qui est désormais rebaptisée Perséphone, qu’on peut traduire par « celle qui aime l’obscurité » ou « celle qui détruit la lumière ». Mais comme elle a mangé six graines de grenade lorsqu’elle était dans le monde souterrain, elle est officiellement mariée et ne peut quitter définitivement le royaume des morts. Pluton et Déméter parviennent à un compromis selon lequel Perséphone, reine du monde souterrain, vit avec Pluton six mois par an et peut retourner chez sa mère pendant les six autres mois. Ainsi, lorsque Perséphone retrouvait sa mère, au printemps et en été, les cultures prospéraient ; puis elle redescendait dans le royaume de l’ombre, Déméter reprenait le deuil et aucune semence ne germait, pendant l’automne et l’hiver. C’est une histoire merveilleuse qui ne décrit pas seulement un phénomène naturel, mais aussi un processus archétypique de croissance et d’évolution, correspondant au développement de la conscience de soi. Elle assimile l’ouverture de la grenade à l’ouverture de l’hymen et, de fait, dans de nombreux rituels de mariage, on inspecte le lit après la nuit de noces pour y voir le sang indiquant que la mariage a bien été consommé. Ce n’est pas l’anneau nuptial ou le « oui » qui unit un homme et une femme, c’est la rupture de l’hymen.
L’Eros s’accompagne d’un sentiment d’extase de nature presque religieuse. Les mystères grecs d’Eleusis avaient une dimension plutonienne Scorpion, très proche de l’Eros, et le mystère du rituel chrétien évoque l’union avec le bien-aimé. Pluton, le Scorpion et l’Eros, ont quelque chose de dévoreur. Pluton apparaît sous les traits du violeur, du séducteur ; il est celui qui nous arrache d’un paradis (l’unité ouroborique avec nos parents) où nous ne pourrons jamais retourner. L’Eros est une initiation : c’est cette expérience qui nous fait passer de l’enfance à l’âge adulte. Les rites et les rituels qui lui sont associés sont pour la plupart fondés sur la souffrance.
La civilisation occidentale est aussi anti-érotique qu’elle est anti-epithumia. L’axe Taureau-Scorpion est la zone du thème la plus puissante sur le plan psychologique, la plus dangereuse et généralement la moins bien intégrée. Il en est de même pour Vénus, la planète-maîtresse du Taureau, et pour Pluton, le Maître du Scorpion. Notre éducation nous a le plus souvent appris à nier, refouler ou rejeter ces énergies, ou à les compenser de manière indirecte. Il faut regarder qu’elles sont les Maisons qui dans notre thème ont leur cuspide en Taureau ou en Scorpion pour repérer les planètes situées dans ces signes et d’examiner les positions de Vénus et de Pluton en signes et en Maisons ainsi que leurs aspects. Pluton est la planète associée à l’Eros, et si vous n’ouvrez pas votre âme à cette énergie extatique, en vivant une relation où la fusion évoque une sorte de mort, il va opérer inconsciemment, de façon invisible. Lorsqu’il est refoulé, il vous entraîne, vous et toute planète qu’il aspecte, dans le monde souterrain, et c’est pourquoi nombre de gens traversent la vie tels de véritables zombies. Avez-vous remarqué comme certaines personnes, qui ont pourtant des thèmes excitants, mènent une vie sans aucun intérêt ?
Coupées de leur Eros, elles semblent éteintes, et rien ne paraît pouvoir se déclencher en elles. Vous leur demandez ce qui se passe dans leur vie et elles se contentent de vous dire que tout va bien. Vous les questionnez sur leurs relations et elles vous marmonnent que les choses sont également normales de ce côté-là. Vous les interrogez sur leurs parents et elles vous répondent quelles ont toujours eu de très bons rapports avec eux, sans aucun problème. Vous leur demandez ce qu’elles veulent dans la vie et elles vous déclarent qu’elles ne le savent pas vraiment. Ces personnes donnent l’impression que Pluton s’est emparé de leur âme et l’a reléguée dans le monde souterrain. Et elles ne pourront la récupérer sans connaître une profonde souffrance car, comme le disait Jung, nous ne pouvons changer tant que nous n’avons pas suffisamment souffert.
Eros nous demande d’accepter que l’amour implique la souffrance, que l’amour nous demande de lâcher notre Moi et de mourir en tant que « je » pour fusionner notre âme avec autre chose que soi. Nous vivons alors une sorte de renaissance, dans laquelle Jung voyait une « seconde naissance ».
Les rites religieux et les rites d’initiation, anciens et actuels, ont été conçus pour nous aider à accomplir le processus de mort et de renaissance associé à Eros. Dans certaines versions du mythe, Dionysos (Bacchus) était censé être le fruit de l’union de Pluton et de Perséphone. Dionysos est une figure christique, une sorte de proto-Christ, qui lui aussi est descendu dans les profondeurs de la mort pour renaître et sauver l’humanité. Or, le sacrifice et la mort de Jésus sur la croix (Dieu donnant son fils unique qui doit souffrir et mourir pour le bien de l’humanité) n’est pas appelé l’Epithumia du Christ, ni la philia du Christ, mais la Passion du Christ. Autrement dit, la mort et la résurrection de Jésus sont un acte symbolique lié à l’Eros : Dieu coupe le cordon ombilical avec son fils en l’offrant au monde.
Quelle est la différence entre l’amour du Taureau et celui du Scorpion ? Sur le plan archétypique, pour le Taureau, l’autre n’existe pas ; il est un objet qu’il assimile au plaisir. Le Taureau est un signe personnel qui ne peut encore différencier le soi du non-soi. Il cherche uniquement sa propre jouissance et les autres sont là pour l’aider dans cette quête. Le point de vue du Scorpion est très différent parce qu’il a accompli le processus de différenciation et peut voir l’autre comme une personne à part entière. Le plaisir du Scorpion n’est pas simplement celui qu’il ressent. La relation érotique implique de donner du plaisir à autrui et le Scorpion trouve son inspiration en stimulant son partenaire.
Compassion et terreur : tel est le pouvoir d’Eros à son plus haut niveau. C’est l’intimité qui porte un coup fatal à Eros, car Eros a besoin de mystère, d’inconnu. Eros est le dieu du monde souterrain qui réside dans le royaume de l’invisible. Ce n’est que par l’obscurité, par l’ambiguïté, par la plongée dans l’inconnu, que l‘érotisme peut survenir. Il faudrait s’efforcer de garder un jardin secret dans son mariage, ce qui est plus facile à dire qu’à faire. Les relations plutoniennes de type érotique ont quelque chose de fondamentalement tragique, pour la simple raison qu’il est impossible de vivre dans une extase perpétuelle. Voilà pourquoi Roméo et Juliette ne pouvaient que mourir jeunes. Eros implique toujours la mort et cette souffrance est inhérente à la relation érotique.
Celui qui veut accompagner autrui dans ces régions obscures doit avoir connu le déchirement de l’amour tel que nous l’enseigne Eros. Quel est le symbole de l’amour ? C’est un coeur brisé, le coeur transpercé par la flèche d’Eros.
On pourrait appeler l’axe Taureau-Scorpion « l’axe de l’obscurité », et il est très difficile de l’intégrer dans notre vie de manière positive. Toutes sortes de problèmes et de dangers surgissent lorsque nous nous efforçons de trouver les quatre niveaux de l’amour dans une même relation. Certains se marient parce qu’ils ont terriblement besoin de toucher et d’être touché par autrui et leur mariage se fonde sur l’Epithumia.
d’après « A travers le miroir » - Richard Ideman
Editions du Rocher
www.sylvie-tribut-astrologue.fr
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