Niamey – Aéroport Diori Hamani. Mars 2007.
Nous débarquons de l’Airbus A340 et foulons pour la première fois et avec émotion la terre d’Afrique. Parmi les voyageurs, çà et là des visages noirs au milieu d’une majorité d’européens sans oublier les incontournables chinois présents désormais sur tout le continent : hommes d’affaires, représentants d’ONG et quelques rares touristes. Passeport et carnet de vaccination en main, nous nous présentons devant la police nigérienne qui contrôle les arrivants, assis derrière une table en bois. Ils semblent souriants et détendus, habitués à ce brassage. Après les formalités d’usage, nous retrouvons les représentants de Telecom Sans Frontières, qui ont préparé notre voyage.
TSF est présent au Niger depuis 2005, année de la crise alimentaire. Ce sont eux qui ont eu l’idée d’utiliser les nouvelles technologies dans l’humanitaire. Depuis plus de 10 ans, ils ont été de toutes les batailles : Kosovo, Afghanistan, Irak, Ouzbékistan, mais aussi tsunami en Indonésie ou tremblement de terre au Pakistan. Ils sont le macadam des ONG. Sans eux, pas de téléphone, pas de liaison satellite, pas d’Internet. Ils ont développé un savoir-faire unique au Monde, qui leur a valu les honneurs des Nations Unies à New York en 2006. En alerte permanente, ils ont des bases en Afrique, Asie et Amérique Latine qui leur permet d’intervenir en moins de 24 heures dans n’importe quel coin du globe, dès que la planète s’enrhume.
Mais au-delà de l’urgence, Telecom Sans Frontières a souhaité utiliser les nouvelles technologies pour désenclaver certaines régions isolées. C’est ainsi qu’est née l’idée des Centres IT CUP. Le premier centre a été installé en 3 mois à Dakoro, bourgade isolée et très étalée, située à 800 km de la capitale. L’accès a Dakoro se fait par une piste de plus de … 100 kilomètres. On y croise plus de dromadaires que de panneaux de signalisation.
Un projet de route est en cours, mais ne sera pas finalisé avant 2009 ou 2010. Pourtant les ONG sont à Dakoro, car il y a peu les enfants mourraient à Dakoro.
Medecins Sans Frontieres, Veterinaires Sans Frontieres, Care International, Peace Corps, Ox_f_am, …y ont tous élu domicile pour être au plus près des populations. Ce sont les premiers utilisateurs du nouveau centre ; correspondance avec leur siège, envoi de rapports, demandes d’aide. Les autres utilisateurs sont les populations locales ; enseignants, services de la mairie, responsables de l’alphabétisation, animateur de la radio locale, et même l’entraîneur de l’équipe de football locale à la recherche d’informations pratiques pour ces joueurs. Pourtant 90% de ces nouveaux internautes n’ont jamais vu un ordinateur ! La force de TSF réside aussi dans sa capacité d’adaptation au contexte local. Lobbying de plusieurs mois auprès des autorités locales pour obtenir les autorisations nécessaires et bénéficier d’exemptions de taxes, recrutement et formation de personnel du cru, informations auprès des populations locales. Touaregs, Peuls, Haoussa, Bororo toutes ces tribus nomades aux traditions millénaires, se retrouvent ainsi et soudainement connectés au reste du monde, par la magie du satellite.
Les sceptiques furent pourtant nombreux au début du projet. L’Internet dans la brousse, lorsque le taux de mortalité infantile est de 118 ‰ alors qu’il est de 4 ‰ en France ? Le Wifi au bout de la piste lorsque le paludisme fait encore des ravages dès la saison des pluies ? Le satellite, lorsque l’espérance de vie est de 47 ans ? C’est aussi pour cela que nous avons décidé de nous rendre à Dakoro pour voir et témoigner.

Témoigner du travail exceptionnel réalisé par ces ONG sur le terrain, et dans l’indifférence générale des médias qui ne s’intéressent à l’Afrique qu’en cas de conflit ou de massacres ; témoigner de la fierté du préfet local lorsqu’il trouve des sites Web parlant de lui grâce à Google et imprimant le document pour le montrer à tous ses administrés ; témoigner de la joie des enseignants à la recherche d’informations sur les programmes scolaires ; témoigner de la satisfaction de ce responsable de programmes d’alphabétisation des adultes à la recherche des meilleurs pratiques dans les pays limitrophes afin de les utiliser dans sa région ; témoigner du sourire affiché par cet animateur de radio communautaire imprimant dans la langue haoussa les dernières nouvelles du Monde et du Niger avant d’aller les répéter aux milliers de nomades perdus dans la brousse un poste de radio collé à l’oreille ; témoigner de ce formateur touareg formant chaque jour des dizaines de personnes à l’utilisation d’un ordinateur afin qu’ils sachent rédiger un CV et trouver un emploi ; témoigner aussi de la confiance des représentants des ONG pouvant enfin se connecter à leur siège et continuer dans les meilleures conditions possibles leur travail de prévention. Sans oublier bien sûr les enfants et leur sourire retrouvé car demain ce seront eux les principaux bénéficiaires de ce centre.
Alors Centre IT CUP gadget de riches pour pays pauvres, ou nouvelle arme de prévention massive au même titre que le vaccin ou le sac de riz ? Après avoir vu, touché, respiré, senti, notre réponse est sans appel. Pour un peu moins de 50 000 euros, il est possible de désenclaver une région grâce à l’information : une antenne VSAT, quelques ordinateurs, un local adapté, beaucoup d’huile de coude et le tour est joué. La route viendra certes un jour, mais à un tout autre coût.
En attendant, tous les matins le centre IT CUP ouvrira ses portes à Dakoro à 8h30 pour ces premiers visiteurs.
L’internet avant le goudron.
Nota Bene : l’IT CUP est un tournoi de football réservé aux sociétés des NTIC, qui a lieu chaque année à Clairefontaine. Il regroupe les plus grands noms de l’informatique tels Microsoft, Hewlett Packard, Dell, IBM , Sage, Ubisoft, …mais aussi des petites structures comme Overlap ou Osiatis. Le 10 Juin 2007 aura lieu la 4eme édition. Les fonds levés serviront à la maintenance du site de Dakoro et à l’ouverture d’un second centre au Nicaragua.
Inscriptions sur le site www.itcup.org |