Six décennies après la Shoah, un réalisateur juif brise les tabous en sortant sur les écrans allemands une comédie sur Adolf Hitler qui, contre toute attente, est véritablement drôle. "Mon Führer - La vérité vraiment la plus vraie sur Adolf Hitler", montre un Hitler impuissant, incontinent et pleurnichard, un toxicomane que son père n'a pas assez aimé. Adolf Hitler qui joue avec un petit bateau de guerre dans son bain, habille son chien d'un uniforme nazi et suit les conseils d'un détenu juif d'un camp de concentration... Pour la première fois un film allemand, qui sort dans les salles outre-Rhin le 11 janvier, évoque le "Führer" sur le ton de l'humour.
Dani Levy
"J'ai traversé bien des crises où je me suis demandé si j'avais même le droit de faire ce genre de chose", a reconnu le réalisateur Dani Levy, un Suisse de 49 ans, lors de la récente avant-première à Berlin.
Mein Führer: die wirklich wahrste Wahrheit über Adolf Hitler" ("Mon Führer: la vérité la plus vraie sur Adolf Hitler") aurait été inimaginable il y a encore une décennie, même si Charlie Chaplin avait déjà singé Hitler depuis bien longtemps dans "Le dictateur". En 2004, "La chute", film nominé aux Oscars, avait déjà innové en offrant un point de vue allemand sur les derniers jours du Führer.
Le réalisateur de "Mein Führer", Dani Levy, juif né en Suisse et résidant à Berlin, explique éprouver depuis longtemps le besoin de s'expliquer à lui-même comment les Allemands ont pu suivre Hitler. "J'avais le sentiment que je devais le faire avec un nouveau genre, en étant capable d'exagérer par le biais de la comédie", dit-il. Le film commence en décembre 1944 alors que Berlin est en ruine et que le chef du IIIe Reich est trop déprimé pour prononcer un discours très attendu.
Le ministre chargé de la propagande Joseph Göbbels trouve la solution en la personne d'Adolf Grünbaum, personnage fictif incarnant un acteur juif détenu dans un camp de concentration qui avait donné des cours à Hitler au début de sa carrière. "Nous avons besoin de quelqu'un qui puisse faire jaillir la plus grande force de notre Führer, et cette force c'est la haine", explique-t-il.
Grünbaum profite de sa mission pour tenter de tuer le dictateur, mais il échoue. Il lui fait alors subir des exercices humiliants, consistant à ramper ou encore à aboyer comme un chien.
Une telle farce aurait été impensable il y a encore une décennie alors que les Allemands étaient engagés dans une "évaluation très sérieuse du nazisme" et de la manière de commémorer ses victimes, souligne Paul Nolte, professeur d'histoire contemporaine à l'université libre de Berlin.
Levy évoque "La vie est belle" (1997) film oscarisé de et avec l'Italien Roberto Benigni, sur l'histoire d'un père qui fait croire à son fils que les activités dans le camp de concentration où ils sont enfermés ne sont qu'un jeu. Film qui a, selon lui, ouvert la voie en brisant un tabou. "Il est important de créer nous-mêmes de nouvelles images sur la Shoah ou le nazisme et de ne pas toujours travailler à partir des anciennes images réalistes car nous n'en apprenons plus rien", estime le cinéaste.
"La chute" avait divisé la critique, certains s'interrogeant sur le bien-fondé de brosser un portrait humain d'Hitler et reprochant au film d'omettre le contexte historique, notamment l'extermination des juifs.
Alles auf Zucker

Les critiques ne se sont pas encore prononcés sur "Mein Führer". Mais selon l'hebdomadaire "Der Spiegel" la nouvelle génération de films sur Hitler démontre "un besoin de ramener le mythe à un homme normal, ce qui le rend peut-être plus facile à comprendre". "Le moyen ultime de casser le mythe est de le rendre risible", affirme le magazine. Levy a déjà signé un succès en Allemagne avec "Alles auf Zucker", film léger sur la communauté juive en Allemagne.
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