
Le Printemps de Bourges fête ses trente ans du 26 avril au 1er mai.
Le Printemps de Bourges est né en 1977. À l'époque, il désirait briser le monopole de la variété à paillettes dans le paysage de la chanson française. Jacques Higelin, François Béranger, Leny Escudero, Henri Tachan ou Catherine Ribeiro incarnaient une autre manière de chanter la vie, l'espoir, le plaisir ou la révolte. Pour symboliser la pérennité de la chanson, les Frères Jacques venaient clore le premier Printemps, après que la jeune génération eut rendu hommage à Charles Trenet, alors au plus bas de sa carrière. Cheveux longs et treillis de surplus envahissaient une préfecture jusque-là bien tranquille. Des cafetiers baissaient le rideau, des notables maugréaient, des gamins de Bourges faisaient le mur pour aller écouter la musique qui débordait des chapiteaux installés place Séraucourt.
Depuis, Bourges est devenue fière d'être à la chanson ce que Cannes est au cinéma et Avignon au théâtre - une capitale, un sommet, une fête, une obligation... Le Printemps a connu des crises, des remises en cause, des convulsions, mais a retrouvé en 1999 des eaux sereines. En cessant toute course au gigantisme et en se concentrant sur la détection des tendances majeures de l'année plutôt que sur la célébration des succès assurés (le péché quasi mortel des années 1990), il s'est installé au sommet d'une hiérarchie officieuse : premier-né des grands festivals de musiques populaires en français, il en est aussi le plus emblématique. Le ministre de la Culture viendra, comme chaque année depuis Jack Lang en 1982. Et les candidats à la présidentielle ? Le souvenir des turbulentes clameurs de « Jospin président ! » qui avaient accueilli Jacques Chirac en 1995 pourraient garantir, comme en 1988 et 2002, la neutralité de ce territoire de musique et de ferveur. Et, dimanche 22 avril, le festival se transformera en « un dimanche de campagne » avec uniquement des concerts gratuits sur les scènes extérieures du Printemps.
L'enjeu est clair, une fois de plus : ce 31e Printemps de Bourges va tracer à main levée les contours d'un instant de la culture populaire, saisir l'instantané d'un nuage en perpétuel mouvement : mercredi au Phénix, qui sera le plus « vieux » de Jeanne Cherhal, Adamo, Mano Solo et Sanseverino ? Ou qui étalera la plus ferme audace, vendredi à la Hune, du jeune Pierre Lapointe ou de l'historique Brigitte Fontaine ? La vaste compétition des Découvertes du Printemps de Bourges va-t-elle accoucher d'un jeune grand nom ? Bloc Party obtiendra-t-il son sacre si bien annoncé, samedi au Phénix ? Cette partie-là dure depuis trente ans, et avec des joueurs qui, dans leur immense majorité, ont moins de trente ans : il s'agit de construire des ruptures, troubler les clartés habituelles, renverser des rois, établir d'éphémères principautés. Trente ans d'adolescence, comme un début perpétuel...

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