La lunaison qui suit la fête de Pâques…

 

La Lune Rousse, c’est la lunaison qui suit la fête de Pâques. Cette année, elle commence le 18 avril et bien des jardiniers vont regarder vers le ciel d’un œil méfiant, en ressassant toute une litanie de dictons bien sentis : « Lune rousse, vide bourse »… « Lune rousse, rien ne pousse »… « Gelée de Lune rousse, de la vigne ruine la pousse »… « Récolte point n’est assurée que la Lune rousse soit passée »…

Mais pourquoi dit-on que la Lune est rousse ? Tout simplement parce qu’elle roussit les pousses. Cependant, il y a fort à parier que cette couleur fait aussi allusion au caractère maléfique, supposé ou réel, de la Lune. Par ailleurs, au temps jadis, on disait que les rousses portaient sur la tête rien moins que les flammes de l’enfer ou celles du bûcher du Christ. Elles étaient suspectées de sorcellerie, redoutées sur les bateaux et accusées de faire tourner le lait et rancir le beurre. Dès lors, rien d’étonnant à ce qu’une rousse, toute planète qu’elle soit, fasse tourner le printemps, rire jaune le jardinier et jette la désolation sur le potager. Pourtant, la très redoutée nouvelle lune d’avril n’a généralement pas une once de rouge sur son clair visage. Elle est plutôt pâle, et elle coïncide avec un phénomène naturel tout à fait normal en cette saison sous nos latitudes : quand le ciel est parfaitement dégagé, que l’humidité atmosphérique est faible et que la température baisse au-dessous de zéro pendant la nuit, le rayonnement interne du sol est plus fort et entraîne un refroidissement en surface, très dommageable pour les cultures.


Cette lune trop blême qui « jette un diadème sur les cheveux roux de la petite mendigote de la rue Saint-Vincent dans la Complainte de la Butte », la chanson de Jean Renoir, n’a donc aucune responsabilité dans les ravages subis par les végétaux qui vident la bourse du paysan. Cela, on le sait depuis longtemps et le grand savant Laplace était parfaitement au fait de la chose quand il conduisit, au XVIIe siècle, une délégation de scientifiques auprès d’un ignorant notoire nommé Louis XIV, pour le tenir informé des dernières découvertes. Le Roi-Soleil eut l’ingénuité de l’interroger sur la Lune rousse. Le digne académicien, qui savait manier la litote, répliqua benoîtement : « Sire, je suis au regret de vous répondre que la Lune rousse n’occupe aucune place dans les théories astronomiques ». C’était là une jolie manière de traiter le roi de sot. Et pourtant aujourd’hui encore l’opprobre est jeté sur cette pauvre Lune rousse.

Quoiqu’il en soit, bien que Pâques soit liée à la Lune, puisque le Concile de Nicée (325 après J.C) en fixa la date au premier dimanche suivant la pleine Lune après l’équinoxe de printemps, il s’agissait à l’origine d’une fête solaire qui célébrait précisément ce même équinoxe. Chez les peuples du Nord, on allumait des feux en l’honneur du grand Thor et on en répandait les cendres sur les champs pour sanctifier les cultures.

Ce prochain week-end pascal verra la Lune en Sagittaire, en conjonction de Jupiter et en très bon aspect de Saturne et de Neptune, ainsi que du Soleil, ce qui devrait donner un temps agréable.

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